les carnets de clarisse

transversalité & renseignement (relier les détails)

L’inconnue du placard

J’ai lu cette brève il y a plusieurs mois et elle me revient régulièrement en mémoire. Pourquoi ?

(Fukuoka sous la pluie – photo insomnia bytes)

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Peut-être pour son atmosphère de mystère, d’étrange, son côté « faille dans le réel» , le lent basculement du quotidien vers un monde inconnu.
Imaginez-vous chez vous, dans votre vie de tous les jours. Des faits minimes, dérangeants, semblent se produire dans la maison. Des choses manquent, disparaissent. Vous retrouvez des objets légèrement déplacés le soir quand vous rentrez du travail. Une odeur inconnue dans la cuisine. Des gouttes d’eau dans l’évier.

Vous avez cherché, réfléchi à ces changements imperceptibles qui vous tracassent. Peut-être est-ce juste la fatigue, trop de travail en ce moment, ou bien une mémoire défaillante, car pas assez de sommeil ?
Vous avez même parfois une désagréable impression de présence, alors que la maison est bien vide. Vous vous inquiétez : vous devenez fou ? paranoïaque ? Vos voisins vous croient mythomane, et bien trop porté sur le saké. Les gens commencent à jaser dans le quartier, et au travail aussi.

Mais vous persistez, sûr de vous, quand même. Vous voulez savoir ce qui se passe. Alors ?

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Le vendredi 30 mai 2008 – Agence France-Presse

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« Un Japonais, intrigué par la disparition mystérieuse d’aliments dans son réfrigérateur, a eu la surprise de découvrir qu’une femme vivait clandestinement dans un placard de sa maison depuis plusieurs mois.

Ce célibataire de 57 ans s’était résolu à installer une caméra de sécurité dans sa maison de Fukuoka afin de comprendre ce qui se passait dans sa cuisine.

Lorsqu’il a vu sur l’écran de son téléphone portable une femme se promener à l’intérieur de son domicile pendant son absence, il a immédiatement appelé la police.

«Nous avons fouillé la maison et avons découvert la femme dans un placard», a raconté un porte-parole de la police de Fukuoka.

La clandestine, Tatsuko Horikawa, âgée de 58 ans, était cachée dans la partie supérieure d’un placard, à peine suffisante pour accueillir une personne allongée.

Elle y avait installé un matelas et plusieurs bouteilles d’eau.

«Elle a expliqué aux enquêteurs qu’elle n’avait nulle part où habiter. Elle semble avoir vécu ici pendant environ un an, mais pas en permanence», a déclaré le porte-parole.

La femme a été arrêtée et les policiers la soupçonnent d’avoir aménagé d’autres caches dans des placards des maisons environnantes.» 

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Histoire à cinq facettes

Imaginez aussi cette histoire écrite de cinq points de vues différents. Chaque narrateur raconte sa perception des faits à la première personne.
La première histoire est écrite par l’homme qui habite la maison. La seconde par son voisin. La troisième par la femme du placard. La quatrième par le policier qui enquête. La cinquième par un journaliste étranger qui séjourne en ville à ce moment-là.

Cinq visions radicalement différentes du même fait. Ce serait intéressant.

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Sources

cyberpresse
telegraph

Le plan « Wallonie» 

Avant hier j’ai croisé par hasard deux lectures qui m’ont plongée dans une réflexion sur la crise politique belge. La vie politique belge est un sujet que je connais mal, bien que j’aie en mémoire l’hospitalisation subite de Leterme et sa gaffe sur l’hymne national.

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Chez Joseph

Sur Athena et moi, le blog de Joseph Henrotin, je lis le billet (et ses commentaires) Bon plus de gouvernement … divaguons alors! sur la situation politique belge. L’idée d’une partition/confédération semble sinon acceptée du moins inéluctable de part et d’autre, avec cependant le blocage majeur du cas de Bruxelles (BHV) – pour faire un mauvais jeu de mot, effectivement, vu d’ici, c’est bien le Bazar de l’Hôtel de Ville…

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A Washington

Une des lectures en cours : De Gaulle et Roosevelt de François Kersaudy, éd. Perrin.

Tableau : nous sommes en mars 1943 et Anthony Eden (1), secrétaire aux Affaires étrangères de Churchill, est convoqué à Washington par le secrétaire d’État Cordell Hull, qui lui adresse des reproches sur le soutien de la Grande-Bretagne à De Gaulle, et refuse toute idée de création d’un gouvernement provisoire de la France en Afrique du Nord, les États-Unis préférant traiter avec Vichy et Giraud.

Je lis page 268 ce témoignage d’Anthony Eden :
« Après mon entretien avec Hull, j’ai dîné en tête à tête avec le président et Harry Hopkins. M. Roosevelt m’a exposé avec allégresse ses vues sur les problèmes européens. D’après lui, la Grande Bretagne, les États-Unis et la Russie devraient détenir l’ensemble de l’armement en Europe après la guerre *. Les petites puissances n’auraient rien de plus dangereux que des fusils.
[…] Ce qui est plus surprenant, c’est qu’il envisageait aussi une prise en main de l’ensemble de l’Europe par les trois puissances.
[…] Roosevelt s’est ensuite inquiété de l’avenir de la Belgique, et il a fait état du projet qu’il avait exposé à M. Lyttelton quelques mois auparavant. Il s’agissait de la création d’un État appelé la « Wallonie» , qui comprendrait la partie wallonne de la Belgique, ainsi que le Luxembourg, l’Alsace-Lorraine, et une partie du nord de la France.
[…] J’ai exprimé poliment (j’espère) mon scepticisme, et le président n’est plus revenu sur ce sujet.»  (2)

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Convergence

Je ne savais pas que Roosevelt avait ce projet de redécoupage géographique de l’Europe et de la Belgique.
En reliant les deux lectures, la convergence des projets me frappe, et je me demande s’il se pourrait que cette idée soit toujours d’actualité, dans le grand appétit qu’ont les États-Unis de dresser de nouvelles cartes du monde (3).
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Carte du Nouveau Moyen-Orient

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Carte du Monde après la guerre, imaginée en 1942 par Maurice Gomberg

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Autres lectures

Quelques recherches complémentaires googlesques plus tard, je trouve :

• le « corridor francophone» , ou comment les dérives de la langue traduisent les dérives de l’esprit

Sur les blogs strangemaps () et xarxes (ici), le couloir reliant la Wallonie à la région bruxelloise, tracé à travers la forêt de Soignes, sur la commune de Rhode-Saint-Genèse. Les mauvaises langues proposent plutôt un tunnel.

Dans les journaux Le soir et Le vif, où on lit quand même de drôles de commentaires : « On dirait que ce Mr Leterme veut une guerre civile entre les francophones et les néerlandophones. Il joue un un double jeu : d’un coté il dit qu’il est le 1er ministre de tous les Belges alors qu’en fait , il veut devenir le 1er Président de la République libre de Flandre. Il joue sur le fait qu’il est un métis néerlandophone/francophone […]» 
Qaund un terme racial commence à s’appliquer à la langue, il y a de quoi s’inquiéter…

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• « Wallonie-sur-mer» 

Pour le blog strangemaps (ici), deux solutions sont possibles :
soit une intervention de très haut niveau « Maybe an international task force of chess grand-masters and Nobel prize winners under the auspices of the Dalai Lama could find a solution everybody could live with.» ,
soit laisser faire le réchauffement climatique :

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• le Journal de Raymond Troye

Raymond Troye, officier belge

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Raymond Troye, officier belge prisonnier dans un oflag, tient son Journal. Il rapporte une idée similaire. Sauf que nous sommes en juillet 1940 et que l’idée est allemande.

« Il paraîtrait que la Belgique formerait bientôt un royaume fédératif comprenant une partie flamande : Hollande et Flandres belge et française (capitale Lille). La deuxième partie (…) comprendrait la Wallonie, le Grand Duché et le nord de la France (capitale ?). La capitale de l’ensemble serait Bruxelles. Voilà les derniers racontars.» 

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• un article de Wikipedia sur la Flamenpolitik :

« La Flamenpolitik est une politique pratiquée par les autorités d’occupation allemandes lors des Première et Seconde Guerres mondiales en Belgique afin de permettre sa destruction et sa germanisation.» 
En 1917, le gouverneur général Von Bissing rapporte à l’empereur Guillaume II :
« Je me permets cependant, d’ajouter qu’il ne serait pas bon d’abandonner à son sort la Flandre délivrée de la domination de la Wallonie, ou encore de la considérer comme un objet de marchandage dans les pourparlers de paix qui sont imminents. Si l’Empire allemand n’y prend garde, le sort de la Wallonie sera celui d’un ennemi de l’Allemagne, entièrement francisé. Une Wallonie rendue à l’influence française deviendrait automatiquement un instrument de domination anglaise et servirait de prétexte aux visées anglaises sur les côtes de la Flandre.» 
La Flamenpolitik elle-même inspirée des idées du mouvement wallon (1912).

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• un faux article de Libération qui fait le tour des blogs et des courriels

Signé Gianpiero Sartini, cet article – fort bien écrit au demeurant – est annoncé comme paru dans Libération. Il a fait le tour des forums en mai 2008 (France ici et – Belgique ici – Québec ), et des centaines de personnes l’ont reçu par mail. Sa présentation commence presque invariablement par la même phrase : « J’ai reçu ce matin par courriel un texte résumant ce que pense un journaliste français du problème de la Belgique et de ses partisans séparatistes flamands.» 

Sur un forum belge consacré à la bande dessinée, « Messer»  s’interroge sur son authenticité (lire le 6e post ici) en juin 2008. L’article commence à apparaître en décembre 2007.
Mais aucune trace de cet article, ni dans le numéro spécial de Libération du 28 novembre 2007, ni dans les forums de décembre 2007, ni sur le site du journal ou sur Google en cherchant le nom du journaliste…
Qui ?

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• une vision de l’après : Bruxelles devient une cité-état

Bruxelles comme cité-état.

Un site qui présente toutes les cartes possibles après la disparition de la Belgique : cliquez ici, puis sur le rectangle « Flemish Questions»  au centre, puis sur la rubrique « 23. Maps: What after Belgium?» .

Attention : la version française ne va pas jusqu’à la rubrique 23…

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Une Europe faible et divisée avec Bruxelles comme symbole

On connaît la gêne que représente l’Europe pour les États-Unis, à la fois obstacle politique et adversaire économique. L’intérêt des États-Unis est dans une Europe faible et divisée.
Affaiblir l’Europe : l’attaquer sur ses points faibles. La diviser : attiser ses tensions et dissensions.

Ce projet de Roosevelt pour la Belgique est-il toujours d’actualité ?
Quel plus beau symbole de division de l’U.E. en effet que l’éclatement d’un pays dont l’enjeu, Bruxelles, se trouve être le cœur de l’Union européenne!

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Question subsidiaire

Dans cette optique, on peut se demander si l’incident de la Marseillaise (ici) est réellement spontané, ou s’il prépare déjà l’idée d’un échec de la médiation. Yves Leterme est-il si maladroit ?

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Le mot de la fin

Pour finir, car je n’ai pas d’opinion aboutie sur la question, je vous livre d’autres réflexions du général de Gaulle :

Entretien du général de Gaulle avec Alain Peyrefitte, 10 novembre 1965 (4)

« Des Wallons m’avaient déjà demandé de les annexer à la fin de la guerre. Je n’ai pas voulu donner suite à leur démarche. En 45, il fallait respecter les frontières que nous a léguées l’Histoire, sauf les frontières des pays vaincus. C’est ce qui a été fait. La Belgique, il ne faut pas y toucher. Mais que les Wallons s’organisent pour défendre leur langue et leur culture, pour éviter que les Flamands ne leur marchent sur les pieds, nous n’y voyons aucune espèce d’inconvénient… Ou alors, il faudrait que les Flamands rendent la vie impossible aux Wallons, et qu’alors les Wallons se jettent dans nos bras. Mais nous n’avons surtout pas à bouger. Ce serait trop facile de nous accuser de vouloir nous arrondir aux dépens de la Belgique.» 

et le 29 juillet 1967 (5)

« J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira.» 
« La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française, dont ils ont déjà fait partie. C’est tout autre chose que, pour les Québécois, de s’émanciper de la domination anglo-saxonne.
« Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.
« Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés.» 

De Gaulle n’était pas tellement mauvais pour voir l’avenir dans l’histoire passée.

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* Quant à la question militaire : en 1942, les États-Unis étant les seuls à préparer l’arme nucléaire proposent facilement l’idée théorique d’un partage de la puissance militaire avec la Russie, pensant qu’ils ont la suprématie absolue, le traité de l’Atlantique nord (4 avril 1949) marquant une étape significative dans cette intégration.
La guerre froide n’est peut-être finalement que le résultat de cette idée poussée à l’extrême, devenue brutalement impossible avec l’explosion en août 1949 de la première bombe atomique soviétique. Le partage réel de l’armement européen étant devenu brusquement inacceptable par le fait insupportable de perdre la suprématie de la dissuasion.

(1) « Ce diplomate, entièrement dévoué aux intérêts de son pays, ne méprisait pas ceux des autres et restait soucieux de morale internationale au milieu des brutalités cyniques de son temps. » (Charles De Gaulle, Mémoires de guerre, t. I, p. 198)

(2) A. D. Chandler, The war papers of D. D. Eisenhower, vol. III, p. 1667-1668

(3) Sur le sujet des cartes, voir sur le même blog le concours de cartes sur les États-Unis lancé en Turquie…

(4) Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, De Fallois-Fayard, 2000, t. III, p. 329.

(5) Ibidem, t. III, p. 334.

Qui veut la mort de John Scarlett ?

Une surprise de taille au détour du web ce matin, en consultant les pages Wikipedia en anglais et français consacrées à John Scarlett, actuel directeur du MI-6 : il serait mort depuis 2004 !

Diantre. Un sosie aurait-il pris sa place, façon Entre 11 heures et minuit ou Copie conforme ?

Voici les captures d’écran :

Page Wikipedia anglais mise à jour le 1er juillet 2008

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Page Wikipedia français mise à jour le 26 juin 2008

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Décidement, il se passe de drôles de choses outre-Manche…

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Mise à jour – 6 septembre 2008

La page Wikepedia France a été corrigée le 31 août 2008.

Que se passe-t-il à Londres ? Le JIC dans la tourmente (1)

Trois évènements survenus à Londres ce dernier mois, mis en perspective avec deux décès suspects et les difficiles relations diplomatiques Russie/Royaume-Uni, semblent confirmer que la guerre souterraine qui se déroule à Londres a atteint un nouveau tournant. La question est de savoir qui cherche à manipuler qui, et dans quel but.

Photo de plateau – Dr Mabuse der Spieler, Fritz Lang, 1922

Docteur Mabuse le Joueur, Fritz Lang, 1922

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Le JIC dans la tourmente

10 juin 2008 – 10 juillet 2008 : un mois critique

La période 10 juin-10 juillet a vu se succéder trois faits divers critiques pour les services britanniques : deux rapports secrets émanant de la Commission conjointe du renseignement (JIC) ont été trouvés « par hasard»  dans des trains à Londres et remis aux médias. Suite à cela, le président du JIC en charge de l’enquête a été découvert dans le coma à son domicile.

Mardi 10 juin 2008, une enveloppe cartonnée orange contenant un rapport du JIC de 7 pages classé top secret destiné aux ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur a été « oubliée»  dans un train par un « très haut responsable des services de renseignements rattaché au Cabinet ».
L’enveloppe a été remise par un passager à la BBC, qui l’a transmise aux services de police sans en diffuser le contenu. Objet du rapport : les points faibles d’Al-Qaida et l’état alarmant des forces de sécurité en Irak.

Mercredi 11 juin 2008, une seconde enveloppe de même provenance, contenant des documents préparatoires à la prochaine réunion du ministre des Finances Alistair Darling, est trouvée dans des circonstances similaires dans un train à destination de Waterloo.
L’enveloppe a été remise par un passager au journal The Independent on Sunday, qui l’a transmise aux autorités sans en diffuser le contenu. Objet : manipulation des systèmes bancaires et fraude des sites internet commerciaux pour financer des armes de destruction massive en Iran, blanchiment d’argent, trafic de drogue. (Rapport du GAFI/18 juin 2008 – à télécharger ici).

Lundi 30 juin 2008, Alex Allan, 57 ans, qui préside le JIC et est à ce titre chargé de l’enquête sur les deux rapports perdus, a été trouvé inconscient chez lui lundi soir par sa locataire, le peintre Dominique Salm. Transporté à l’hôpital Hammersmith, il ne sortira du coma que le 10 juillet. Son état reste sérieux. Une série de tests toxicologiques n’a pas permis de diagnostiquer la cause de ce coma, mais New Scotland Yard semble écarter l’hypothèse d’un empoisonnement.

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Le rôle du JIC (Commission conjointe du renseignement)

Le JIC (Joint Intelligence Committee) établit quotidiennement pour le Premier ministre une synthèse des informations des services de renseignement (MI-5, MI-6, DIS, GCHQ); il fixe et contrôle leurs objectifs.

Le JIC coordonne chaque semaine une réunion interdépartementale en deux parties : la première réunit correspondants des ministères des Affaires étrangères et de la Défense, directeurs des services de renseignements, représentants de leurs homologues nord-américain, australien, canadien et néo-zélandais; la seconde est uniquement britannique et dédiée aux sujets nationaux.
Le chef d’antenne de la CIA assiste aux deux parties, sauf lors des sujets purement intérieurs.
Aucun représentant européen n’est présent lors de ces réunions.

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Manipulation et scandale

Le 29 mai 2003, soit deux mois et demi après le début de l’intervention en Irak et un mois après la fin officielle de la troisième guerre du Golfe, la BBC accuse le JIC d’avoir participé à une manipulation de ses renseignements en 2002 ( September Dossier) et d’en avoir tacitement accepté une autre par le Directeur de la communication du Premier ministre en février 2003 (February Dossier). Ces deux documents altérés ont été déterminant pour la participation du Royaume-Uni aux forces de la coalition.
A cette époque, le président du JIC est Sir John Scarlett. Il cumule cette fonction avec celle de Coordinateur du renseignement, de la sécurité et de la résilience jusqu’en mai 2004, où il sera nommé directeur du MI-6.

La mort du docteur David Kelly en juillet 2003, conséquence de ces révélations, va entraîner deux enquêtes indépendantes. L’enquête Hutton rendra ses conclusions en 28 janvier 2004 et le rapport Butler en juillet de la même année.

Le rapport Butler propose une réorganisation de la présidence du JIC, afin d’en renforcer la neutralité politique. Le choix du président devra s’effectuer non plus seulement d’après ses compétences, mais il faudra de plus que ce poste soit le dernier de sa carrière publique. Ceci afin d’éviter que sa promotion future ne dépende de sa docilité politique présente.
Il préconise aussi la séparation des fonctions de président du JIC et de Coordinateur du renseignement.

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Les nominations de 2007

En automne 2007 : Robert Hannigan est nommé Coordinateur du renseignement, de la sécurité et de la résilience.

Le 16 novembre 2007, Alex Allan est nommé à la tête du JIC, bien qu’il n’ait pas profil type du poste, n’ayant aucune expérience dans le renseignement. Haut fonctionnaire considéré comme excentrique – son site web propose un moteur de recherche consacré au groupe Grateful Dead; en 1980, lors d’une grève des transports, il a rallié son bureau en planche à voile en costume, avec parapluie et attaché-case – sa nomination a été pour le moins jugée surprenante.

Le 23 novembre 2007, sa femme, Katie Clemson, artiste peintre australienne renommée, meurt d’un cancer, après sept ans de lutte contre la maladie.

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Hypothèses

Différentes hypothèses ont été émises par les medias sur l’état d’Alex Allan, depuis l’overdose jusqu’à l’empoisonnement; mais les autorités semblent jusqu’à présent avoir écarté l’idée d’une action ciblée d’Al-Qaida ou des services russes de type polonium 210.

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Que se passe-t-il à Londres ? Le JIC dans la tourmente (1)
Que se passe-t-il à Londres ? Russie, la troisième menace (2)
Que se passe-t-il à Londres ? Chantages d’état aux ADM (3)
Que se passe-t-il à Londres ? Le triangle ambigu de l’influence (4)

De Caton à Surcouf

Une réflexion sur notre perception non-critique de l’information et ses conséquences : ou comment suivre en toute confiance un inconnu masqué, dès lors qu’il affirme des vérités qui nous conviennent, et perdre tout esprit critique en voulant croire aveuglément à sa clairvoyance.

Le mois de juin nous en a présenté deux exemples à quinze jours d’intervalle, qui sont intéressants à mettre en relation.

Tout commence début juin avec la révélation surprise de l’identité d’un anonyme célèbre des années 80.

Acte 1 : la voix de Caton

Le 4 juin dernier, Jean-Michel Apathie lève l’anonymat de la voix de Caton au cours du Grand Journal de Canal Plus.

Petit résumé :
André Bercoff est spécialiste des pamphlets anonymes à pseudonymes historiques célèbres (Caton, Philippe de Commines, Catherine Médicis, Philippe Mura, Casanova…). Il publie en 1983 De la reconquête sous le nom de Caton. Caton se présente comme un dirigeant de droite qui règle anonymement ses comptes avec sa famille politique, en l’accusant d’être responsable de la défaite aux élections présidentielles de 1981.

Cette opération est orchestrée avec maestria par Jacques Attali et conduite en coulisse par François Mitterrand, expert en Machiavel. Le point d’orgue en est la promotion radiophonique du livre lors d’une interview exclusive de l’auteur sur France Inter.

Cette voix, c’est celle de François Hollande, alors jeune directeur de cabinet de Max Gallo (porte-parole du gouvernement Pierre Mauroy 3). Sa voix est inconnue du public. Il se porte volontaire pour jouer le rôle de l’anonyme dirigeant de droite.

L’opération est un succès médiatique, commercial et politique. Le petit groupe de hauts dirigeants et stratèges socialistes a réussi à manipuler la perception de l’information de ses deux cibles : son adversaire politique (la droite) et l’opinion publique (les électeurs).

Le mystère du masque, l’articulation chronologique et l’utilisation pertinente des médias ont permis d’atteindre les objectifs fixés :
1) diviser le camp adverse en y instillant la suspicion sur l’identité de l’auteur et le doute sur les choix stratégiques de son programme politique;
2) orienter l’opinion publique vers le centre gauche ou l’extrême droite en déconsidérant la droite, présentée publiquement comme étant en proie à une guerre intestine. Cette situation rend par ricochet ses solutions politiques non crédibles et ses réactions de défense contre-productives en plus d’être inefficaces. Effet à court terme : renforcer la position du gouvernement en élargissant sa base électorale.

La perte de confiance qui s’instaure va discréditer pour longtemps toutes les déclarations à venir des dirigeants de droite. Effet à long terme : la montée en puissance des extrêmes, jusqu’aux élections de 2002.

Entracte

Le 18 juin, soit quatorze jours plus tard, une déclaration publiée dans un quotidien national fait l’effet d’une bombe. Les deux faits n’ont a priori aucun rapport. Néanmoins, leur proximité et l’utilisation dans les deux cas d’un pseudonyme célèbre pour une attaque anonyme aurait du alerter, voire faire réfléchir sur cette pratique vénitienne si propice à l’usurpation et la manipulation.

Acte 2 : entrée en scène de Surcouf

« Surcouf» , groupe d’officiers supérieurs et généraux anonymes, publie une critique du Livre blanc sur la défense dans le Figaro du 18 juin.

Il est étonnant de constater, à la lecture des articles, billets, commentaires, réactions et communiqués… la quasi-unanimité des avis donnant raison au groupe Surcouf sur le fond ou la forme.
Catalyseur de la grogne à la gauloise, dans un contexte budgétaire tendu et sur un sujet sensible, le groupe Surcouf est élevé au rang de porte-parole héroïque des revendications politiques et des convictions stratégiques de chacun.

Quelques-uns se sont posé la question de qui ?, mais sans grande conviction.

Les arguments mis en avant par les partisans et défenseurs du groupe Surcouf sont la liberté d’expression, la nécessité de communiquer juste, l’obsolescence supposée du droit de réserve, le droit d’alerte… qui aurait été déclenché par les « erreurs tragiques»  du Livre blanc.

Mais personne n’a semblé mettre en doute l’identité proclamée des auteurs, c’est-à-dire leur masque. L’habit est devenu le moine. Car finalement, que sait-on de ce groupe, à part ce qu’il annonce ? Les auteurs sont-ils réellement militaire(s) ? français ? et quel est leur but final ?

Acte 3 : l’enquête

Rumeurs et démentis se succèdent et s’auto alimentent depuis que la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) est en charge de l’enquête. À suivre donc.

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