les carnets de clarisse

impressions & information ouverte

De Caton à Surcouf

Une réflexion sur notre perception non-critique de l’information et ses conséquences : ou comment suivre en toute confiance un inconnu masqué, dès lors qu’il affirme des vérités qui nous conviennent, et perdre tout esprit critique en voulant croire aveuglément à sa clairvoyance.

Le mois de juin nous en a présenté deux exemples à quinze jours d’intervalle, qui sont intéressants à mettre en relation.

Tout commence début juin avec la révélation surprise de l’identité d’un anonyme célèbre des années 80.

Acte 1 : la voix de Caton

Le 4 juin dernier, Jean-Michel Apathie lève l’anonymat de la voix de Caton au cours du Grand Journal de Canal Plus.

Petit résumé :
André Bercoff est spécialiste des pamphlets anonymes à pseudonymes historiques célèbres (Caton, Philippe de Commines, Catherine Médicis, Philippe Mura, Casanova…). Il publie en 1983 De la reconquête sous le nom de Caton. Caton se présente comme un dirigeant de droite qui règle anonymement ses comptes avec sa famille politique, en l’accusant d’être responsable de la défaite aux élections présidentielles de 1981.

Cette opération est orchestrée avec maestria par Jacques Attali et conduite en coulisse par François Mitterrand, expert en Machiavel. Le point d’orgue en est la promotion radiophonique du livre lors d’une interview exclusive de l’auteur sur France Inter.

Cette voix, c’est celle de François Hollande, alors jeune directeur de cabinet de Max Gallo (porte-parole du gouvernement Pierre Mauroy 3). Sa voix est inconnue du public. Il se porte volontaire pour jouer le rôle de l’anonyme dirigeant de droite.

L’opération est un succès médiatique, commercial et politique. Le petit groupe de hauts dirigeants et stratèges socialistes a réussi à manipuler la perception de l’information de ses deux cibles : son adversaire politique (la droite) et l’opinion publique (les électeurs).

Le mystère du masque, l’articulation chronologique et l’utilisation pertinente des médias ont permis d’atteindre les objectifs fixés :
1) diviser le camp adverse en y instillant la suspicion sur l’identité de l’auteur et le doute sur les choix stratégiques de son programme politique;
2) orienter l’opinion publique vers le centre gauche ou l’extrême droite en déconsidérant la droite, présentée publiquement comme étant en proie à une guerre intestine. Cette situation rend par ricochet ses solutions politiques non crédibles et ses réactions de défense contre-productives en plus d’être inefficaces. Effet à court terme : renforcer la position du gouvernement en élargissant sa base électorale.

La perte de confiance qui s’instaure va discréditer pour longtemps toutes les déclarations à venir des dirigeants de droite. Effet à long terme : la montée en puissance des extrêmes, jusqu’aux élections de 2002.

Entracte

Le 18 juin, soit quatorze jours plus tard, une déclaration publiée dans un quotidien national fait l’effet d’une bombe. Les deux faits n’ont a priori aucun rapport. Néanmoins, leur proximité et l’utilisation dans les deux cas d’un pseudonyme célèbre pour une attaque anonyme aurait du alerter, voire faire réfléchir sur cette pratique vénitienne si propice à l’usurpation et la manipulation.

Acte 2 : entrée en scène de Surcouf

« Surcouf» , groupe d’officiers supérieurs et généraux anonymes, publie une critique du Livre blanc sur la défense dans le Figaro du 18 juin.

Il est étonnant de constater, à la lecture des articles, billets, commentaires, réactions et communiqués… la quasi-unanimité des avis donnant raison au groupe Surcouf sur le fond ou la forme.
Catalyseur de la grogne à la gauloise, dans un contexte budgétaire tendu et sur un sujet sensible, le groupe Surcouf est élevé au rang de porte-parole héroïque des revendications politiques et des convictions stratégiques de chacun.

Quelques-uns se sont posé la question de qui ?, mais sans grande conviction.

Les arguments mis en avant par les partisans et défenseurs du groupe Surcouf sont la liberté d’expression, la nécessité de communiquer juste, l’obsolescence supposée du droit de réserve, le droit d’alerte… qui aurait été déclenché par les « erreurs tragiques»  du Livre blanc.

Mais personne n’a semblé mettre en doute l’identité proclamée des auteurs, c’est-à-dire leur masque. L’habit est devenu le moine. Car finalement, que sait-on de ce groupe, à part ce qu’il annonce ? Les auteurs sont-ils réellement militaire(s) ? français ? et quel est leur but final ?

Acte 3 : l’enquête

Rumeurs et démentis se succèdent et s’auto alimentent depuis que la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) est en charge de l’enquête. À suivre donc.

Category: nouvelles d'ici et d'ailleurs, sécurité, défense, terrorisme

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