sept 25, 2008
Le navire maudit, acte 1
Le Portail des sous-marins a publié ce matin (ici) une bien étrange nouvelle, concernant un navire iranien, le MV Iran Deyanat, capturé en août dernier par des pirates somaliens.
Le mystère réside dans sa cargaison, au centre d’un bras de fer impliquant l’Iran, les pirates et les États-Unis.
Le MV Iran Deyanat en 2002
Une vue plus récente
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Le début du mystère
Le 6 septembre, les pirates concluent un accord avec le propriétaire du navire, la compagnie d’État iranienne gérée par l’armée Islamic Republic of Iran Shipping Lines (IRISL), pour le paiement d’une rançon de 2 millions de dollars.
Le MV Iran Deyanat est parti fin juillet de Nanjing (Chine) pour rejoindre Rotterdam (Pays-Bas) et transporte officiellement « 42.500 tonnes de minerai de fer et de produits industriels» pour le compte d’une société allemande.
Le 10 septembre, le Département du Trésor américain a annoncé la sanction de la compagnie IRISL sous l’accusation de « fournir des services logistiques au ministère de la Défense iranien» (MODAFL) – en clair de faciliter la prolifération d’armes et de participer à l’effort nucléaire militaire iranien. Ces sanctions consistent en une interdiction de transactions avec des entreprises américaines et le gel des actifs.
Les négociations avec les pirates ont été brusquement interrompues ce jour-là.
Or – et c’est là que l’histoire commence – d’après la presse iranienne, le 12 septembre les États-Unis auraient offerts aux pirates la somme de 7 millions de dollars pour inspecter le navire. Proposition refusée par les pirates.
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La mort étrange de plusieurs pirates
Lors de sa capture, le MV Iran Deyanat a été amené par les pirates à Eyl, l’ancien village de pêcheurs où se trouvent actuellement les 10 navires étrangers récemment arraisonnés et retenus en otages.
Entre cinquante à soixante pirates seraient alors montés à bord. Quelques jours plus tard, certains ont commencé à être malades – irritations et brûlures de la peau, perte des cheveux – et d’autres sont morts.
Le 4 septembre, alarmée par les rumeurs concernant ces décès, la région du Puntland envoie sur place une délégation menée par le ministre du pétrole Hassan Allore Osman. Celui-ci constate que la situation est très tendue dans le village et confirme à The Long War Journal que pendant les six jours de négociations avant la rupture du 10 septembre, plusieurs pirates étaient morts des suite de la maladie contractée à bord.
Le syndicat des pirates a demandé une rançon de 9 millions de dollars pour les 10 navires retenus. Il refuse toute inspection du navire iranien et menace de le faire sauter en cas de tentative de force des autorités.
La cargaison serait dans des containeurs fermés par une combinaison codée.
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L’US Navy en embuscade
Le site américain Information Dissemination indique que l’US Navy a placé des bâtiments au large d’Eyl pour arraisonner le navire s’il prend la mer, avec comme objectif d’inspecter sa cargaison quis selon les rumeurss serait composée d’armes chimiques et/ou nucléaires. Les commentaires du site vont bon train sur ce sujet.
Peu de sites ont relayé ces informations. On trouve trace de la nouvelle de la capture du MV Iran Deyanat sur le blog malaisien Meredah Samudera (en malais), les détails des négociations sur le site officiel iranien et sur celui de l’agence Xinhua.
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Une accusation à considérer avec précaution
La date de l’annonce des sanctions – après la capture, après les rumeurs de décès de pirates, après le refus de l’offre des 7 millions de dollars – est un élément à considérer avec attention, la méfiance étant nécessaire envers les informations en provenance des États-Unis, dès lors que l’Iran est concerné.
On se souviendra en effet avec intérêt de l’affaire Iran-Contra (ici version anglaise et là version française) et de l’affaire Plame (ici) pour les ADM d’Irak. La prudence est donc de mise sur la teneur supposée de la cargaison, les États-Unis étant selon certains à la recherche d’un prétexte pour engager une action militaire contre l’Iran avant les élections de novembre.
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Une autre hypothèse possible ?
Pour ma part, la lecture des symptômes présentés par les pirates montés à bord me fait plutôt penser à l’affaire du Probo Koala. 10 morts, 7000 personnes malades à Abidjan en 2006, causées par le trafic de déchets toxiques de la société hollando-suisse Trafigura.
Le Probo Koala est un vraquier, comme le MV Iran Deyanat.
Il aurait fait fonction de « raffinerie flottante» pour transformer 70000 tonnes de pétrole brut en essence en pleine mer au moment où les cours de l’essence étaient au plus haut, rapportant ainsi un bénéfice de 8 millions de dollars (5,5 millions d’euros) pour Trafigura – qui a démenti ces informations données par le quotidien De Volkskrant.
L’essence ainsi produite contenait du soufre, interdisant sa commercialisation en Europe – sauf en contrebande – mais pas dans d’autres régions du monde. Ce raffinage sauvage a produit 72 tonnes de résidus soufrés hautement toxiques. Ce sont ces déchets, déchargés à l’air libre a Abidjan, qui ont provoqué ces maladies. Eric de Turckheim, fondateur et directeur financier de Trafigura, a confirmé la tenue de cette opération de raffinage à bord du Probo Koala quelques semaines avant le déchargement de la cargaison.
Le Centre ivoirien antipollution (Ciapol) a analysé la substance responsable : « cet échantillon s’apparente à du produit pétrolier (…) très proche de l’essence, avec une très forte teneur en hydrogène sulfuré, substance toxique pouvant, à forte dose, entraîner la mort immédiate en cas d’inhalation.»
Un article du Spiegel de septembre 2006 fait état d’un important trafic de déchets toxiques en Somalie, en provenance spécialement d’Italie et de Suisse, déchargés en mer au large des côtes dans les années 80.
L’UNEP (Programme environnemental des Nations Unies) a refusé de mener une enquête, invoquant la situation de guerre civile du pays. La société Trafigura a été impliquée dans l’affaire « pétrole contre nourriture » en Irak. Une commission d’enquête de l’ONU croit savoir que Trafigura aurait versé d’importantes sommes d’argent au fils de Kofi Annan, Kojo, alors secrétaire général de l’ONU.
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Deux pistes d’investigation pour identifier la cargaison
Deux pistes pourraient permettre d’identifier la cargaison, sans inspection.
1) la composition de l’équipage
Les informations connues indiquent qu’une grande partie de l’équipage est de nationalité iranienne, ce qui est inhabituel pour un navire de commerce.
Ce serait intéressant de vérifier la profession de ces membres d’équipage. S’il s’avérait qu’ils soient techniciens, chimistes, ingénieurs, médecins… cela pourrait être une indication sur leur rôle à bord.
2) la compagnie allemande
Les informations connues indiquent que la cargaison est destinée à un client allemand. Regarder de ce côté pourrait aussi permettre d’identifier le type de cargaison transportée.
à suivre donc…
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Mise au jour – vendredi 26 septembre
Une brève de l’AFP annonce qu’une réunion surprise du Conseil de sécurité de l’ONU sur le dossier nucléaire iranien s’est tenue ce matin à New York, réunissant les ministres des Affaires étrangères des cinq membres permanents, ainsi que Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères.
Le résultat de la réunion n’était pas immédiatement connu, a indiqué une source diplomatique.
(©AFP / 26 septembre 2008 16h23)


Un merci astronomique pour vos développements sur un tel scoop…
Idem, les propos des pirates qui pour justifier leur » activité» parle de trafics de produits toxiques ne sont donc pas que de la propagande ?