les carnets de clarisse

impressions & information ouverte

« Le monde unipolaire est terminé» 

Il faut lire cet article* de Jolyon Howorth, professeur de sciences politiques à Yale, qui présente les conséquences de la rupture géopolitique après la Géorgie:
rééquilibrage des forces géopolitiques, retour de la puissance militaire russe (» Russia is back» ), avenir de l’OTAN, créativité à revoir de la diplomatie, nécessité d’un dialogue constructif et discret, lutte pour les ressources énergétiques, enjeu de l’environnement…

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Voir le monde tel qu’il est

La phrase qui me marque le plus est la conclusion de l’article :
« Mais peut-être que l’une des conséquences positives de ce moment particulier sera que les hommes d’État devront s’occuper du monde tel qu’il est et non du monde qu’ils avaient imaginé.» 

Vaste programme. Tout l’enjeu de la géopolitique future est là. Et le futur commence aujourd’hui.

Il est temps pour l’Europe – et pour d’autres – de passer à l’après-Yalta, de changer notre angle de vision autocentré, de démolir nos lignes maginot rassurantes et obsolètes.

Les frontières héritées du partage du monde et du meccano colonial, les manipulations politiques pour le contrôle des gouvernements satellisés, vassalisés ou renversés ont pesé sur la stabilité des grandes zones d’influence – Afrique, Moyen-Orient, Europe de l’Est, Amérique du Sud. Les calculs financiers à court terme de certains secteurs de l’économie menacent l’équilibre global et parfois la survie de la planète, la galaxie terroriste est durablement imbriquée dans nos décisions politiques et stratégiques…

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Réformer la gouvernance du monde

A l’instar de l’OTAN qui doit se regarder dans un miroir et reconnaître qu’il a vieilli, il est temps aussi pour l’ONU de se réformer : on ne peut à la fois être juge et partie, les États votant les résolutions de paix étant aussi producteurs et marchands d’armement.

Les dimensions spirituelles et morales de l’acte de gouverner ne pourront être écartées plus longtemps.
La gouvernance du monde doit être réinventée maintenant.

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* Copyright Telos, publié dans la Tribune du 9 septembre 2008

« Partout où les Russes posent le pied, la terre devient russe.» 

Cette phrase de Dostoïevski devrait être méditée.

Deux zones à risques éveillent l’appétit de la Russie pour les ressources énergétiques et les profits qui en découlent : l’Arctique et le Brésil. Les années 2009/2010 seront décisives.

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L’Arctique

Artour Tchilingarov, vice-président de la Douma, a déclaré :
« L’Arctique est à nous et nous devrions y montrer notre présence »
« L’Arctique a toujours été et restera russe ».

Les réserves en hydrocarbures et gaz de l’Arctique sont estimées à 100 milliards de tonnes équivalent pétrole (un quart des ressources mondiales).

Le 2 août 2007, Artour Tchilingarov conduisait l’expédition polaire qui a planté le drapeau russe au fond de l’océan Arctique. Il reste maintenant une année à la Russie pour présenter à l’ONU les preuves qui l’autoriseraient à repousser ses frontières d’environ 150 milles marins.

Les États-Unis et le Canada préparent eux aussi leur dossier. Il y aurait 1300 milliards de dollars en jeu.
En septembre 2007, le magazine américain Harper’s annonçait qu’avec ce nouveau territoire, « Les États-Unis dépasseront la Chine, le Canada et la Russie, même compte tenu de leurs possessions élargies, et deviendront le plus grand pays du monde.» 

En mai dernier ont eu lieu en Alaska les manœuvres militaires américaines Northern Edge 2008.
En juillet dernier ont eu lieu en mer de Barents et en mer de Norvège des manœuvres de la Flotte russe du Nord.

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Le Brésil

En avril 2008 la compagnie Petrobras a annoncé la découverte d’une importante réserve de pétrole et gaz – entre 50 et 90 millions de barils exploitables –, répartie sur huit gisements (Tupi, Carioca, Jupiter, Guara, Iara, Bem-Te-Vi, Caramba et Parat) au large des côtes brésiliennes.

Le nouveau Plan Stratégique de Défense brésilien doit être exposé par le gouvernement le 9 septembre.

Le Brésil veut contrer les menaces extérieures sur ses réserves de pétrole et sur les ressources de l’Amazonie. Ainsi les plans de ces gisements ont été récemment volés lors d’une affaire qui a secoué tout le pays.

Le président a aussi suspendu les enchères des nouvelles concessions, souhaitant remettre à plat le système de répartition des royalties qui favorise les compagnies étrangères au détriment du Brésil.

Le renforcement des capacités de défense du Brésil inclut le développement d’un sous-marin à propulsion nucléaire basé sur le type classique Scorpène, pour un coût estimé à 160 millions de dollars. Ce sous-marin devrait être opérationnel en 2020.

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Coopération militaire Russie-Vénézuela

La Russie va installer au Vénézuela des avions de lutte anti-sous-marine, ainsi que le croiseur Pierre le Grand (armés de missiles conventionnels et nucléaires) et L’amiral Tchabanenko, bâtiment de lutte anti-sous-marine.

Le Vénézuela et la Russie vont organiser en novembre prochain des exercices militaires conjoints.

Que se passe-t-il à Londres ? Russie, la troisième menace (2)

suite de Que se passe-t-il à Londres ? Le JIC dans la tourmente (1)
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Le très médiatisé meurtre par empoisonnement d’Alexandre Litvinenko à Londres en novembre 2006 vient certainement en premier à l’esprit lorsque que l’on s’interroge sur le coma d’Alex Allan.

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Des empoisonnements suspects

Un ancien officier du KGB, Mikhail Trespashkin, a expliqué qu’il existait une dizaine de poisons mortels à disposition des services russes, dont la particularité est de ne laisser aucune trace dans l’organisme; à l’examen du corps, la mort serait donc imputée à une crise cardiaque. Ces poisons sont utilisés en aérosol ou bien appliqués au pinceau sur le volant d’une voiture, une poignée de porte, un téléphone… Ils seraient élaborés dans un laboratoire secret nommé « Kamera»  (la Chambre), ou encore le « Laboratoire n° 12″, créé en 1921. Selon Alexandre Kouzminov, ce laboratoire est le premier client et fournisseur du Département 12 du Directorat S du SVR qui s’occupe de guerre bactériologique.

Plusieurs tentatives et empoisonnements inexpliqués ont eu lieu au Royaume-Uni, et, pour ce que l’on peut en savoir, en Russie.

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Londres, le grand hub

Pourquoi Londres ? Parce que Londres est le carrefour global de l’Europe. Le hub des hubs, en quelque sorte. Centre financier, porte d’entrée et de sortie des États-Unis en Europe, passerelle entre l’Europe et le Moyen-Orient, c’est à Londres que passent ou résident tous ceux qui font les échanges de capitaux/d’informations internationaux, les opposants politiques, les milliardaires, les islamistes, les banquiers, les intermédiaires, les antennes du crime organisé et des marchands d’armes. Londres, Berlin des temps modernes.

Il ne faut pas oublier non plus la grande prédilection soviétique pour Londres : les Cinq de Cambridge (Kim Philby, Donald Maclean, Guy Burgess, Anthony Blunt et John Cairncross) ne sont pas si éloignés que cela.

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Des relations diplomatiques glaciales

Depuis 2004, l’escalade des incidents impliquant la Russie sur le territoire britannique explique la tension actuelle des services de sécurité :
• espionnage industriel des industries d’armement,
• menaces financières et boursières dans le secteur de l’énergie,
• tentatives d’assassinats d’opposants politiques,
• assassinat d’Alexandre Litvinenko,
• expulsion de diplomates.

Leur multiplication symétrique sur le territoire russe a provoqué la montée en puissance de la crise diplomatique :
• demandes d’extradition d’Akhmad Zakayev et de Boris Berezovsky,
• pressions sur le personnel puis fermeture des antennes du British Council,
• dépouillement de Shell du projet Sakhalin-2 au profit de Gazprom accompagné d’énormes dégâts financiers,
• campagne d’attaques via internet discréditant l’image de la société,
• tentative de prise de contrôle du conseil d’administration de la joint-venture russe de British Petroleum TNK-BP,
• suppression des visas et exil de son conseil d’administration à Londres,
• menace de retrait de licence et d’amende record pour la compagnie minière Peter Hambro,
• expulsion de diplomates…

Ce fut un des sujets de conversation directe entre Gordon Brown et Dmitri Medvedev lors du sommet du G8 à Hokkaïdo en juillet 2008. D’après le Kremlin, le président russe souhaite un « retour à la normale»  de la situation, bien que des sources britanniques affirment que la réponse russe soit plutôt : « Tout le monde espionne tout le monde»  (aujourd’hui).

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Russie, la troisième menace

Les tentatives d’assassinats et les meurtres d’opposants du président Poutine sur le territoire britannique ont sérieusement menacé l’ordre public ; moins médiatisées mais tout aussi criminelles, les attaques financières contre les compagnies pétrolières ont eu des répercutions préoccupantes pour l’économie britannique.

L’obligation de combattre ces actions hostiles monopolise une partie croissante des effectifs et des moyens de services de sécurité de l’État britannique, ce qui place la Russie en troisième position dans la liste des menaces, derrière Al-Qaïda, numéro 1, et la menace nucléaire iranienne, numéro 2. On a pu ainsi lire dans la presse que la menace russe détournait les services spéciaux de la lutte contre le terrorisme, mettant le pays à la merci de nouveaux attentats islamistes.

Iouri Fedotov, ambassadeur russe à Londres, a réagi à ce propos sur la chaîne russe Vesti : « Ces affirmations ne correspondent pas à la réalité et sont ridicules. […] En réalité, tous les diplomates russes travaillant à Londres agissent en conformité avec la Convention de Vienne et n’ont pas d’activités hostiles envers la Grande-Bretagne.» 

Cette affirmation est fort possiblement vraie, les actions hostiles russes étant menées par les « agents illégaux« , les détachements d’élite Zaslon du SVR ou Spetsnaz « Vympel»  du KGB-FSB, héritiers directs du SMERSH (» Mort aux espions!» ).

Depuis les attentats de 2005, le budget des services de sécurité britanniques a augmenté de 65%, pour atteindre 2 milliards de livres sterling. En novembre 2007, le chef du MI-5 Jonathan Evans précisait que 30 agents russes officiels opéraient aujourd’hui à Londres, soit autant que pendant la guerre froide.

L’importance des sommes dépensées par l’État après la mort d’Alexandre Litvinenko explique aussi la place de la Russie dans l’échelle des menaces.

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Une facture de 4,4 millions d’euros

Le conseil municipal de Westminster a dû gérer les conséquences sanitaires et financières de l’assassinat d’Alexandre Litvinenko.

Plus de trois millions de livres sterling (4,4 millions d’euros) ont ainsi été dépensés:
• 250 000 livres sterling (370 000 euros) payés par le conseil municipal de Westminster pour le nettoyage des sites contaminés à Londres – 27 endroits, dont 1 taxi, 1 restaurant marocain, 8 avions, 1 club de strip-tease;
• 2 millions de livres sterling (2,9 millions d’euros) payés par l’Agence de protection sanitaire pour le recensement et l’examen des personnes et sites suspectés de contamination – plus d’un millier de personnes et 47 sites;
• 1 million de livres sterling (1,45 millions d’euros) pour l’enquête de police.

La compagnie aérienne British Airways a publié une liste des 221 vols contaminés par le polonium 210 et a recommandé à ceux des 33 000 passagers susceptibles d’avoir été en contact de consulter le Département de Santé.

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L’ogre de l’énergie

Aujourd’hui la puissance de la Russie ne repose plus sur un empire de territoires satellisés ni sur la dissuasion nucléaire, mais sur les ressources énergétiques.

Vladimir Poutine a déclaré en 2005, lors d’une réunion du conseil de sécurité nationale : « La Russie ne peut dominer dans aucun autre domaine que celui de l’énergie.» 
Et force est de constater que son appétit est insatiable.

Comme au temps de l’URSS, il n’y a pas de distinction en Russie entre la guerre et la paix, ni entre guerre directe – militaire, usage de la force – et indirecte – persuasion, financement de mouvements révolutionnaires, soutien aux gouvernements amis, etc.

La guerre est l’état permanent et global auquel l’État russe alloue tous types de moyens nécessaires, comme la maskirovka, ce concept stratégique soviétique combinant des mesures de camouflage (mesures passives) et de déception (mesures actives).

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Déceptions en tout genre

Les mesures actives comprennent la simulation, l’imitation et la désinformation. Elles sont utilisées pour orienter dans le sens voulu les décisions des gouvernements étrangers, et peuvent être menées sur du long terme.

Elles ne sont pas uniquement une spécialité russe : la CIA a baptisé les siennes special activities.

Elles ne visent pas non plus que des cibles extérieures : au Royaume-Uni, un exemple connu est la campagne de rumeurs orchestrée par le MI-5 sur l’homosexualité de Sir Maurice Oldfield, le directeur du MI-6, poussant celui-ci à la démission en 1978.

Dans ce contexte digne de la guerre froide – et peut-être pire –, où chacun des protagonistes excelle au jeu de masque de la manipulation des médias et des politiques, où l’argent noir est globalisé, rien n’est plus fiable, ni les opposants au régime russe, ni les transfuges, ni les conseillers stratégiques, ni les membres du gouvernements, ni les services chargés de la protection, ni les agences de notation financière, ni les banques d’affaires, ni votre allié d’hier.

Ainsi le Daily Mail a affirmé en octobre 2007 qu’Alexandre Livtinenko avait été recruté par John Scarlett, directeur du MI-6, pour une rémunération mensuelle de 2 000 livres sterling – allégations démenties par sa veuve–, tandis que la Russie accusait Boris Bérezovski et Akhmad Zakhaev de manipulation via l’agence de relations publiques Bell Pottinger dans le but de discréditer Vladimir Poutine, et que la justice britannique se heurtait au refus de la Russie dans sa demande d’extradition Andreï Lougovoï, ex-agent du KGB fortement suspecté d’avoir administré le poison.

Pour revenir à Alex Allan, la chronologie place son coma au moment de la perte des documents du JIC, de la lutte pour le contrôle de TNK-BP, du sommet du G8, de l’affaire Couillard-Bernier (» vol»  des documents canadiens préparant la réunion de l’Otan à Bucarest en avril 2008 dont un des sujets était l’élargissement à l’Est) et, nous le savons maintenant, de la préparation de l’invasion de la Géorgie.

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Récapitulatif

> Alex Allan est la seule victime britannique.
> Il n’a pas de lien personnel avec le secteur énergétique britannique.
> Scotland Yard affirme que la Russie n’est pas impliquée.
> Scotland Yard affirme que cet incident n’est pas un « cas suspect» .
> Les affirmations selon lesquelles Alex Allan a été délibérément empoisonné ont été démenties par une source haut placée du Gouvernement.
> Scotland Yard a balayé l’accusation selon laquelle Alex Allan aurait été victime d’une tentative d’assassinat fomentée au sein de la communauté britannique du renseignement.
> Les services britanniques rejettent toute connexion avec le meurtre d’Alexandre Litvinenko ainsi qu’avec les rumeurs de tentative de meurtre contre le transfuge du KGB Oleg Gordievsky.
> Plusieurs journaux ont évoqué des hypothèses visant à impliquer personnellemnt Alex Allan : état dépressif, overdose,… insistant sur sa réputation d’excentrique farfelu et sa méconnaissance du monde fermé du renseignement.

Une DA-notice a-t-elle été émise, comme lors de la perte des documents du JIC dans les trains ?

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Romain Gary et de Gaulle, une relecture

Romain Gary a eu plusieurs vies et plusieurs identités, mais sa fidélité à une certaine idée de la grandeur de la France incarnée par le général de Gaulle reste l’une de ses constantes.
Entre 1958 et 1969, il publie plusieurs articles dans la presse américaine, réflexions et témoignage personnel qu’il portait sur »  l’homme de sa vie »  à des moments clés de l’histoire.
Ces textes sont regroupés dans le livre Ode à l’homme qui fut la France.

Mon propos ici n’est pas de résumer ces textes, mais plutôt de noter certaines phrases ou passages qui me paraissent étonnamment d’actualité, quarante à cinquante ans plus tard…

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« L’homme qui connut la solitude pour sauver la France» 

publié en décembre 1958 – article d’origine : « The man who stayed lonely to save France» , Life Magazine,
8 décembre 1958, vol. 45, n° 23, p. 144-158 – traduit par Paul Audi.

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Constitution européenne

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Extrait 1 (p. 18) :

« Le meilleur portait de Charles de Gaulle dont nous disposons est la nouvelle Constitution française – sa Constitution. Tout est là en effet : la conviction de l’infaillibilité du peuple français, la vieille idée républicaine que la démocratie est un système de gouvernement conçu pour permettre aux meilleurs de gagner, la confiance fortement idéaliste en l’humanité, à laquelle s’ajoute la bonne volonté de jouer la carte de la grandeur de l’homme plutôt que de rechercher d’incessantes garanties contre sa perversité. Mais avant tout, la Constitution reflète la croyance optimiste de De Gaulle dans le fait que les peuples de toutes races et de toutes religions peuvent vivre et travailler ensemble dans la paix et l’harmonie.

Si seulement la Constitution européenne pouvait être le portait philosophique de l’Europe… mais hélas la Constitution européenne (le projet) est le portait d’une Europe bureaucrate, normalisée… un texte sans âme, froid. Aucune vision spirituelle de l’Union, pas de trace du triple héritage religieux, humaniste et rationaliste : l’Europe s’est pourtant construite en réformant la religion, en croyant en l’homme et ses valeurs philosophiques universelles, en étudiant méthodologiquement le monde, pour créer un système politique novateur et révolutionnaire : la démocratie.

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Le plaisir du débat d’idées, la tradition du café du commerce,
l’intellectuel au gouvernement

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Extrait 2 (p. 26) :
« En tant que nation, la France ne se sent jamais tout à fait elle-même quand ses dirigeants politiques ne sont pas au même titre ses chefs spirituels. Cette nation – qui se présente surtout comme le berceau du rationalisme – est en fait toujours à la recherche de quelqu’un qui parlerait à son âme. Il n’existe pas d’autre raison au rôle remarquable qu’ont joué dans l’histoire, dans la politique et dans la vie de la nation, les poètes, les philosophes et les écrivains. Victor Hugo, Chateaubriand, Lamartine, Malraux ont tous tenu des positions clés au gouvernement, alors qu’il est fort douteux que les États-Unis et la Grande-Bretagne eussent jamais confié la charge de conduire les affaires de la nation à un William Faulkner, un Eugène O’Neill, un Lord Byron ou un William Shakespeare.» 

Les Français aiment échanger des idées, depuis toujours. La création des cafés publics vers 1680 (le Procope), où l’on vient boire et lire les journaux, mais surtout discuter, échanger, polémiquer, participer à l’actualité, la politique et la vie artistique de son époque en est une illustration. Il y a souvent un fond de bon sens dans les brèves de comptoir.
À ce titre l’artiste, l’écrivain, le poète sont des figures aimées de la vie du pays, parce qu’agitateurs d’idées, créateurs, libres. Et comme ministres, symboles actifs de cette vitalité. Est-ce toujours vrai aujourd’hui?
Quant à la remarque sur les autres pays, il est intéressant de constater qu’en Europe, outre la France, on trouve l’exemple de Václav Havel. Y en a-t-il d’autres?

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Le moi confortable, ennemi du progrès

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Extrait 3 (p. 40) :
« Toute la conception gaullienne du progrès relève, en substance, d’un engagement spirituel. Au cours d’une récente conversation avec un scientifique français qui lui décrivait les merveilles de la conquête spatiale à venir, de Gaulle fit cette remarque : « Il se peut bien que nous allions sur la Lune, et cela n’est pas très éloigné de nous. La plus grande distance qu’il reste à couvrir gît cependant au fond de nous même.» 

C’est-à-dire comment voir autrement qu’avec les yeux de l’habitude. Comment lutter contre notre conformisme pour changer, évoluer ? En situation de paix (c’est-à-dire sans menace extérieure proche, sans catastrophe sanitaire ou naturelle), comment se remettre en question? comment changer la société et son organisation contre nous-même, et en cherchant en nous-même?

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Liberté, démocratie, Europe et Occident

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Extrait 4 (p. 42-43) :
« Quelle que soit la part du succès remporté dans la résolution de problèmes spécifiques, la place ultime de De Gaulle dans l’Histoire dépendra probablement de quelque chose d’autre, de quelque chose de bien plus important. Elle dépendra en fin de compte de la solution qu’il apportera, ou manquera d’apporter, au conflit dramatique qui oppose en France la liberté et l’autorité, le progrès et la stabilité. Aucune République française, en effet, n’a jamais été capable d’observer le bon équilibre entre les deux. Le gouvernement a toujours fait montre d’une tendance soit à mourir d’une extension cancéreuse de liberté, soit à succomber à la rigor mortis d’un excès d’autorité. Bien sûr, la France n’est pas la seule à faire face à ce dilemme. C’est à vrai dire la survie en Occident de notre système démocratique tout entier qui dépend de la solution de ce conflit – sans doute le plus grand défi auquel l’homme moderne se trouve aujourd’hui confronté. Et ce n’est pas là un conflit entre l’Est et l’Ouest, étant donné que, tôt ou tard, la Russie soviétique, ses alliés et ses sattellites seront amenés eux aussi à résoudre leurs problèmes de liberté.» 

Extrait 5 (p. 44) :
« L’approche spirituelle et idéaliste de la nature de l’homme a toujours été, en effet, la première de nos nourritures essentielles, notre unique inspiration et notre seul principe d’espérance. C’est encore la seule force qui puisse aujourd’hui nous empêcher de sombrer dans le totalitarisme et le matérialisme.» 

L’équilibre français entre les réformes et l’immobilisme, les corporatismes, la laborieuse évolution de l’Europe (Ouest et Est), les faiblesses de la démocratie, l’évolution de la Russie, les crises géorgiennes et ukrainiennes, le cas de la Turquie, un monde multipolaire en mutation permanente, la montée des intégrismes … nous y sommes exactement.

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