les carnets de clarisse

impressions & information ouverte

Du nationalisme

Il y a souvent confusion aujourd’hui en Europe entre les notions de patriotisme et de nationalisme, le nationalisme étant devenu une caricature du patriotisme, lui-même raillé ou ridiculisé.

Ces trois citations mises en regard montrent comment le mécanisme de la peur transforme un sentiment identitaire pacifique en réflexe pathologique destructeur.
Ou comment une société soudée, brusquement mise en danger, peut glisser vers l’intolérance et la guerre : d’abord la haine viscérale venant de quelques individus, puis la migration de ses métastases vers le cerveau des théoriciens politiques de la peur, enfin le repli paranoïaque du citoyen ordinaire contaminé face au monde réel.

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»  Le patriotisme, c’est lorsque l’amour du peuple auquel vous appartenez passe en premier; le nationalisme, c’est lorsque la haine des autres peuples l’emporte sur tout le reste. « 
Charles de Gaulle

»  Le nationalisme, c’est le cancer du patriotisme. « 
Romain Gary

»  Le nationalisme moderne est une réaction de défense contre l’emprise brutale de la civilisation. « 
Franz Kafka

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Le nationaliste est un patriote perdu dans un monde qu’il voit kafkaïen.

Category: savoirs

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6 Responses

  1. Charles dit :

    Bien vu, Clarisse… ;-)

  2. nikelefelde dit :

    La confusion vient peut être aussi du raisonnement
    une forme de snobisme intellectuel ?

    distinction patriotisme-nationalisme ne découle t’il pas de raisonnement marxiste clivant ?
    GAMBETA était il nationaliste ? et JAURES pourquoi pas ? plus ou moins que MAURRAS ??
    Le nationalisme n’est il pas une des variantes des idées de la révolution, une des bases de notre révolution ?? basé sur l’individu et le culte de la nation justement.
    En soit est ce vraiment une mauvais chose d’un point de vue moral ?

    Non je pense qu’il est extrêmement périlleux de juger les positions passées surtout à l’échelle de leurs connaissances.

    La maladie a dénoncer me parait donc être bien plutôt la xénophobie, que cette pseudo distinction.

    Amicalement

  3. clarisse dit :

    @ nikelefelde
    (désolée de répondre si tardivement)

    Je préfèrerais laisser le marxisme en paix là où il est (c’est-à-dire de plus en plus loin dans la galaxie) si possible.
    La distinction nationalisme-patriotisme est d’abord dans le dictionnaire, plutôt que dans le Capital.

    Petit Robert, édition 1977 :

    Patriotisme :
    amour de la patrie; désir, volonté de se dévouer, de se sacrifier pour la défendre, en particulier contre les attaques armées. « Le patriotisme véritable ne peut se trouver que dans les pays où les citoyens libres, et gouvernés par des lois équitables, se trouvent heureux, sont bien unis, cherchent à mériter l’estime et l’affection de leurs concitoyens.»  (D’Holbach).

    > donc pas de notion d’impérialisme, de rejet de l’étranger, d’attaque; pas de notion de doctrine politique non plus.

    Nationalisme :
    1) exaltation du sentiment national; attachement passionné à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d’une volonté d’isolement.
    2) doctrine fondée sur ce sentiment, subordonnant toute la politique intérieure au développement de la puissance nationale et revendiquant le droit d’affirmer à l’extérieur cette puissance sans limitation de souveraineté. Le nationalisme intégral de Ch. Maurras
    3) doctrine, mouvement politique qui revendique pour une nationalité le droit de former une nation.

    > « passion» , donc excès, doctrine politique exclusive, impérialiste.
    pour le 3) : Garibaldi, Verdi; le Risorgimento est révolutionnaire, nationaliste, mené par des rois de la maison de Savoie; finalement c’est plutôt une réponse patriotique aux occupations étrangères de l’ancien territoire national.

    Xénophobie :
    hostilité à ce qui est étranger.

    Jaurès
    « … son internationalisme et son pacifisme (assortie du souhait d’une « armée nouvelle» ) sont liés à un patriotisme démocratique…» 
    « …il fut assassiné par un nationaliste, R. Villain…» 

    Gambetta
    un article intéressant sur les socialistes français et le nationalisme :
    Y a-t-il des tournants historiques ? 1905 et le nationalisme : Les institutions
    Socialisme, nationalisme et tournant – Gilles Candar

    http://www.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2001-1-page-97.htm

    Pour la révolution française, c’est la structure de la société et du pouvoir qui est en cause, pas l’idée de nation.

    Bref, je continue à voir un fossé entre nationalisme et patriotisme…

    La discussion reste ouverte !

  4. nikelefelde dit :

    les définition de Robert renvoient à une impossibilité de comparaison. Comment comparer un sentiment à une idée politique ?
    La distinction qui est faite est simplement due à une nécessité intellectuelle de différencier le bien du mal. Hors cette distinction est fausse pour la simple raison que c’est la même notion que l’on segmente, « la nation» .

    Cette notion pas si floue pour nous être humain européen l’est pourtant pour d’autres individus dans le monde. Le tout est de trouver l’échelle du groupe humain-brique essentielle… On pourrait appeler cela le village ou la tribu (MORIN). Aprés il faut réfléchir aux mécanismes de création de l’autre.

    Quant aux idées politiques et du XIX siècle si j’en parle c’est qu’il y a une raison. A travers le cheminement des idées des lumières, l’esprit est arrivé à la fin de ce siècle à une découverte clivante et essentielle pour comprendre la politique de nos jours.

    Cela s’appel la découverte de la sélection naturelle, celle de DARWIN. A cela s’oppose (de ce que j’ai trouvé) l’entraide de kopropkine qui a eu bien moins d’influence.
    Les briques essentielles et l’esprit humain n’arrive pas à trancher entre l’expansion et l’union.

    Quant on dit « Jaures assassiné par un l’extréme droite» , on oublie que les gouvernements républicains avaient classé à ce moment là jaurés dans les « hommes à surveiller» .
    GAMBETTA, le radical était un chantre du nationalisme.
    Les radicaux maitre de la III république n’ont jamais été capable de lutter contre l’expansionnisme colonisateur alors qu’à l’époque les nationalistes étaient en général contre.

    Ce que je veux dire par là donc c’est que distinguer le bon patriotisme de papa et le méchant nationalisme de l’oncle est un leurre.

    Pour revenir au marxisme idéologie extrémement clivante, il ne faut pas oublier aussi qu’il y a derrière un mouvement « positif»  celui de rappeler la nécessité de considérer le plus faible et de ne pas figer la classe des dominants (j’aime bien
    le raisonnement de PIERRO GOBETTI).
    A la fois une sorte de logique de la sélection par le plus fort, mais le vrai plus fort…

    Bref l’interaction dans les idéologies reste forte entre les notions d’entraide et de sélection à travers et à l’extérieur d’un moi collectif.

    see you
    space cowboy

  5. clarisse dit :

    Bonjour nikelefelde,
    je suis déçue que tu trouves que le dictionnaire ne puisse pas expliquer et définir clairement des concepts, des sentiments ou des dogmes, de façon objective et neutre, justement pour pouvoir les comparer.

    Si j’ai bien compris, tu dis que la notion de « nation»  est indivisible pour un groupe donné (le « groupe humain-brique» ), et qu’à cause de cela nationalisme = patriotisme; le bien et le mal étant l’un ou l’autre suivant le côté où l’observateur se place.

    Les idées du XIXe concernant la place de l’individu dans la société, qu’il s’agisse d’anthropologie criminelle ou d’idéologies politiques, ont toutes subi l’influence dominante de l’époque : la science.
    Cela a donné lieu à une véritable imposture sémantique, qui perdure encore aujoud’hui.

    La transposition à l’homme et à la société du vocabulaire de la biologie a entraîné un glissement vers la transposition de ses lois et caractères propres. On a pensé que l’homme et la société étaient soumis aux lois de la nature. Donc comprendre et maîtriser ses lois permettrait de contrôler la société et son évolution.
    L’investigation scientifique a été mise à contribution pour étayer des idéologies qui n’ont de scientifiques que le nom (évolution des espèces-sélection naturelle-élimination des plus faibles-darwinisme social), comme aujourd’hui le créationnisme et son dernier avatar, le dessein intelligent (intelligent design).
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9ationnisme
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligent_design
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Darwinisme_social

    Si le darwinisme social est effectivement connu, l’entraide mutuelle du prince anarchiste russe Pierre Alekseïevitch Kropotkine l’est moins.

    Pierre Kropotkine. L’entraide, un facteur de l’évolution (1902)
    Extrait de la conclusion :
    « Dans le monde animal nous avons vu que la grande majorité des espèces vivent en société et qu’ils trouvent dans l’association leurs meilleures armes dans la lutte pour la survie : bien entendu et dans un sens largement darwinien, il ne s’agit pas simplement d’une lutte pour s’assurer des moyens de subsistance, mais d’une lutte contre les conditions naturelles défavorables aux espèces. Les espèces animales au sein desquelles la lutte individuelle a été réduite au minimum et où la pratique de l’aide mutuelle a atteint son plus grand développement sont invariablement plus nombreuses, plus prospères et les plus ouvertes au progrès. La protection mutuelle obtenue dans ce cas, la possibilité d’atteindre un âge d’or et d’accumuler de l’expérience, le plus haut développement intellectuel et l’évolution positive des habitudes sociales, assurent le maintien des espèces, leur extension et leur évolution future. Les espèces asociales, au contraire, sont condamnées à s’éteindre. »

    A priori, ces théories semblent opposées : là où le darwinisme social prône la survie des sociétés les plus aptes-plus fortes-plus nombreuses, l’entraide prône celle du groupe ayant l’aide et la protection mutuelle la plus développée. Dans le premier cas, c’est l’individu qui est la clé, dans le second c’est le groupe.

    Mais à l’étape suivante, les deux débouchent sur la même chose : l’élimination des plus faibles, nécessaire pour la survie de la société.
    Dans le cas du darwinisme social, les moins nombreux et les moins intelligents sont considérés comme inférieurs par les dominants. Les classes sociales les plus riches ont une valeur biologique supérieure aux classes pauvres. La notion de race supérieure va en découler.

    Dans le cas de l’entraide, les réfractaires au groupe, les individualistes, les originaux, sont considérés comme asociaux et donc nuisible au groupe.

    Il est intéressant de noter dans cet article de Sven Korzilius que la fin de la république de weimar commence à définir le sous-prolétariat comme asocial dans son système juridique, cad pénal.

    Évolution de la thématique des «asociaux» dans la discussion sur le droit pénal pendant la République de Weimar – revue Astérion (2006)
    http://asterion.revues.org/document511.html

    Le « marxisme mutualiste»  et le « darwinisme social»  aboutissent donc au même résultat : l’élimination des individus nuisibles à la sélection naturelle menant à la domination, individus choisis par la majorité de la société à partir de critères pseudo-scientifiques.

    Je me souviens avoir lu dans la Bible (mais où ?) qu’une ville qui serait uniquement composée de sages, ayant chassé tous ses fous, serait vouée à l’auto-destruction.
    Qui est sage ? qui est fou ? c’est un vieux problème…

  6. Wonja dit :

    …suis à la recherche d’une biographie de ce Grand Personnage Ces recherches et observations sur l’écologie
    merci d’avance

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