les carnets de clarisse

impressions & information ouverte

Quelques instantanés du colloque PESD du 20 octobre

Le colloque Quelle politique de sécurité et de défense pour l’Europe? Les enjeux de la présidence française de l’UE organisé par le Club Participation & Progrès s’est tenu le 20 octobre dernier à Bruxelles, au Centre de Conférence de l’Ecole Royale Militaire (ERM), en collaboration avec le Réseau Multidisciplinaire d’Études Stratégiques (RMES) et l’ERM.

Le principe de cette journée de réflexion repose sur la succession de plusieurs débats réunissant les acteurs de la Politique de sécurité et de défense européenne (PESD), au cours desquels le public et les intervenants sont invités à participer et échanger leurs perceptions des sujets évoqués.

Huit débats denses ont ainsi exposé les idées et axes de travail actuels d’entités et de personnalités diverses – membres de la Commission européenne, représentants et correspondants de l’OTAN, chercheurs, professeurs, industriels, diplomates, représentants militaires de plusieurs pays, conseillers stratégiques d’associations et de partis politiques… Comme souvent dans ce type de discussion, ce sont autant les points de convergence que les fossés des divergences qui ont alimenté la réflexion et permis aux participants et auditeurs d’enrichir leur vision du sujet.

Voici trois instantanés de ce colloque, instantanés dans le sens photographique et scientifique du terme : prises de vue d’une idée à l’instant t dans un environnement donné.

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La construction de valeurs militaires européennes communes – Débat 2

La présidence française de l’UE a lancé comme chantier plusieurs initiatives visant à mettre en place les conditions du développement de valeurs militaires européennes communes, par la création de modules de formation et d’enseignement de type Erasmus (sur le modèle existant pour l’enseignement supérieur). Ces formations consistent en modules de durée variable qui s’adressent aux officiers, sous-officiers et non gradés. Souple et ouverte, elle a pour but l’échange, la curiosité, la compréhension des cultures militaires et sociétales.

La philosophie du projet reprend le principe fondamental de travail proposé par la présidence française de l’UE : le consensus concret. Rejeter les projets totalisants, baser la réflexion sur des idées pratiques, construire des actions simples compréhensibles par le citoyen, lancer la dynamique en y associant les partenaires, forment le socle de la méthodologie retenue.

Les valeurs européennes ne seront pas fondées sur la moyenne réductrice des valeurs nationales ou sur l’adoption des valeurs nationales prédominantes, mais bien obtenues par la somme des valeurs communes incluant les particularités nationales. Les différences culturelles et historiques de chacun ne sont pas gommées par un projet totalisant (squelette utopique sans base vivante), mais articulées autour de valeurs partagées, pour former une identité commune concrète capable d’action et surtout capable d’exister et d’évoluer par elle-même (organisme autonome).

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La querelle OTAN/UE existe-t-elle ? – Débats 3, 5 et 6

Je ne suis pas souvent d’accord avec Olivier Kempf (EGEA) – ce qui fait l’intérêt des échanges et des lectures –, mais je rejoins sa perception au sujet de la fausse opposition OTAN/UE. Il prend le contrepied de l’idée éternellement relayée par les médias français d’un OTAN constituant une menace pour la PESD, en affirmant que l’UE est en position dominante, l’OTAN repoussant sans cesse sa réforme philosophique et stratégique.

Le démenti de James Appathurai, porte-parole de l’Otan, sur l’article de Nicolas Gros-Verheyde (Bruxelles 2 – Europe de la Défense) traitant du même sujet appuie ce qui a été martelé tout au long du colloque par tous les intervenants : une querelle OTAN/UE n’est pas d’actualité, l’OTAN comme menace de la PESD est un épouvantail médiatique pratique pour effrayer les opinions publiques, les relations vont pour le mieux.

Mais ce démenti, tout comme l’affichage de cette belle unité revendiquée, n’est pas antinomique avec l’existence de certaines frictions entre les deux organismes, qui ne dérangent plus vraiment tant elles sont résiduelles, mais finissent à la longue par agacer une UE qui se réforme et repense son environnement en permanence.

En clair, la vision stratégique globale multipolaire de l’UE se traduit par une réponse transversale, consensuelle, rapide et concrète, proposée d’abord par les gouvernements dans un souci d’efficacité, puis ensuite prise en main par les structures dédiées de l’UE, en totale transparence, tandis que l’OTAN est engluée dans sa vision unipolaire et son fonctionnement post-guerre froide, sans volonté de combler ses lacunes persistantes : incapacité de réforme, incompétence en matière de stabilisation, lourdeur de fonctionnement…

L’inquiétude de l’UE pourrait venir d’une évolution idéologique stratégique de l’OTAN perçue comme une menace : l’islam et la Chine remplaçant le communisme dans le rôle et la définition du Mal.

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Projets industriels communs : monde réel contre monde virtuel – Débat 2

L’ingénieur général de l’armement Robert Ranquet n’est pas content. Il ne peut que constater l’inexistence de projets industriels communs ambitieux et d’objectifs concrets. Pour lui, le poids politique des protections industrielles nationales ajouté à la persistance d’un manque d’ambition européen, agravé par la faiblesse des moyens financiers alloués, maintiennent le discours sur le sujet dans le monde virtuel où seuls vivent ses porte-parole. Chaque industriel développe sa recherche en solitaire et en concurrence, chaque État privilégie ses industries nationales. Les deux exemples cités (Galileo, projet civil et Musis) illustrent selon lui cette déficience politique.

Encore une fois, l’approche totalisante et laminante des projets doit être repensée. L’échec vient d’une vision supérieure qui lance un projet théorique et tente de l’ancrer dans la réalité pour le faire accepter.

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Débat 2 : Les nouvelles mesures suggérées dans le cadre de la présidence française –
aspects particuliers

L’Europe capacitaire : les projets de relance de l’Europe industrielle de l’armement et l’avenir de l’Agence Européenne de Défense
• le point de vue de l’Ingénieur Général de l’Armement Robert RANQUET, chargé de mission au Conseil Général de l’Armement
• le point de vue de Patrick LEFORT, Officier Principal, Direction Industrie et Marché, Agence Européenne de Défense (AED)

L’aspect communautaire dans le capacitaire
• par Kyriakos REVELAS, Commission européenne

L’Europe spatiale : étude de cas : le programme MUSIS
• par le Général Bernard MOLARD, vice-Président Défense et Sécurité, et Renaud BELLAY, EADS-ASTRIUM

L’Europe de la formation militaire : initiatives pour mieux former ensemble
• par le Général de Division Nicolas de LARDEMELLE, Commandant les Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

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Débat 3 : La « conditionnalité » PESD et l’ouverture française à l’OTAN

• le point de vue de Louis GAUTIER, Docteur en Sciences Politiques, Conseiller Maître à la Cour des Comptes, Délégué National aux Questions Stratégiques du Parti Socialiste
• le point de vue du Général Gilles ROUBY, Adjoint au Représentant Militaire de la France auprès de l’Alliance Atlantique

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Débat 5 : Les innovations du Traité de Lisbonne

Des attentes autour de l’extension des coopérations renforcées au domaine de la Défense et de la coopération structurée permanente
• par l’Amiral Jacques ROSIERS, Président de l’association euro-atlantique de Belgique (AEAB – EAVB)

Le début d’une communauté de destin autour de la clause d’assistance mutuelle ?
• par Yves MOLLARD LA BRUYÈRE, Conseiller Politique à la Commission Européenne, Direction Générale RELEX, Service d’Études et de Prospective

De la place réservée à la sécurité nationale dans le traité de Lisbonne
• par Patrice CARDOT, Chargé des questions multilatérales et régionales au CGARM, auteur de plusieurs rapports sur la sécurité

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Débat 6 : Les invariants de la sécurité européenne face au Traité de Lisbonne

OTAN-UE, coexistence ou synergie ?
• par l’Ambassadeur Benoît D’ABOVILLE, Conseiller Maître en service extraordinaire à la Cour des Comptes

Quelle place pour l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) ?
• par Arnaud JACOMET, Chef du secrétariat Général de l’UEO

Vers l’Europe stratégique : nécessités et impasses
• par le contre-Amiral (2S) Jean DUFOURCQ, Directeur de recherche au centre d’études et de recherche de l’Ecole militaire à Paris (CEREM).

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Des euros ukrainiens font le trottoir

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a distribué début octobre en Ukraine des euros plutôt spéciaux, dans le cadre d’une campagne de prévention visant à alerter les jeunes femmes sur les dangers du travail clandestin à l’étranger, qui les conduit souvent à la prostitution et à l’esclavage sexuel.

Dans son article du 9 octobre, le Daily Telegraph donne un compte-rendu (succint) de cette action et reproduit trois de ces billets. Trois détails les différencient des vrais euros : une phrase en ukrainien, surmontant un rectangle blanc contenant le logo de l’OIM, et le dessin d’une femme. Plus exactement, une prostituée. Et là commencent les questions.

Les trois détails :

La campagne OIM : questions sur le fond

Le trafic d’êtres humains (femmes et enfants principalement) est un problème récurrent en Ukraine depuis la fin de l’Union soviétique, car sa frontière avec la Pologne est devenue un point d’entrée privilégié de l’espace Schenghen. D’après le ministère de l’intérieur ukrainien, 40 000 femmes de moins de 30 ans quittent le pays chaque année depuis 10 ans, attirées par la perspective d’un emploi dans les pays de l’Union européenne.

Qu’est-ce que l’OIM ?

L’OIM est une organisation qui regroupe 125 États membres, basée à Genève, indépendante de l’ONU. Sa mission consiste à réfléchir, accompagner et gérer les défis et les conséquences des flux migratoires organisés, en collaboration avec la communauté internationale, tout en œuvrant au respect des migrants. C’est dans ce cadre que cette campagne de prévention s’inscrit.

Une visite sur le site ukrainien de l’OIM permet d’en apprendre un peu plus, bien que cette campagne ne soit pas mentionnée. La page événements annonce seulement la quatrième cérémonie annuelle récompensant les personnes et les associations ukrainiennes luttant contre le trafic, le « Fourth Annual Counter-Trafficking Awards Ceremony« , qui devait se tenir le 16 octobre 2008.

Quitter l’Ukraine

La  campagne de l’OIM a pour objectif de décourager les jeunes filles candidates au départ, attirées par des salaires plus élevés, pour leur éviter de tomber dans le piège de la prostitution.
Les candidates à l’émigration sont approchées par des agences matrimoniales, des sites de rencontre, des bureaux de placement proposant des mariages, des séjours ou des emplois à l’étranger aux tarifs alléchants. Il est parfois difficile de faire le tri entre les propositions sérieuses et les pièges.

« Voilà peut-être le vrai prix d’un travail clandestin à l’étranger» 

Car les mécanismes de recrutement sont simples, comme l’explique Kateryna Levchenko, présidente de l’ONG la Strada-Ukraine, qui a pour objectif la prévention du trafic de femmes et l’aide aux victimes de ce trafic.

Le point de départ est en général une publicité mensongère pour un emploi d’apparence banal et sans qualification à l’étranger (secrétaire, femme de ménage, mannequin…), bien payé, proposée par des amis ou des connaissances dans les bars, discothèques, et – plus inquiétant – dans les institutions de jeunes filles (orphelinats, foyers d’accueil, écoles, pensionnats…). Certaines filles sont aussi vendues aux groupes de trafiquants par leur petit ami ou par un membre de leur famille. L’affaire conclue, l’organisme qui propose l’emploi à l’étranger fournit les passeports et visas, le billet d’avion ou de car. Mais une fois sur place, les passeports sont confisqués et commence la mise en condition dans des « camps de soummission»   (drogue, coups, menaces, viols) pour l’exploitation sexuelle et la prostitution.

Une phrase en ukrainien est inscrite sur les billets diffusés, qui peut se traduire par « Voilà peut-être le vrai prix d’un travail clandestin à l’étranger.» 

L’essor du tourisme sexuel

L’essor de la prostitution est le second visage du problème sur le territoire national : d’après un responsable de la police ukrainienne, il y aurait 12 000 prostituées recensées par le ministre de l’Intérieur et l’industrie du sexe générerait environ 700 millions de dollars en 2007.

Le tourisme sexuel en provenance d’Europe, de Turquie, de Russie et des États-Unis, est en augmentation depuis l’assouplissement de la politique des visas en 2005. Ainsi, des sites internet proposent à leurs clients des tours et soirées organisés en Ukraine; les filles sont souvent recrutées à l’université (il faut parler anglais). Les prix s’échelonnent de 20 à 5 000 dollars l’heure, la moyenne se situant plutôt dans la fourchette 100-300 dollars. Le week-end tout compris est vendu entre 1250 et 1600 dollars suivant le programme souhaité.

Anna Hutsol, présidente de l’association étudiante Femen, soutenue par l’Open Word, organise régulièrement des manifestations pour alerter la société et les autorités sur ce sujet. L’association aurait ainsi fait imprimer de faux billets d’un million de dollars en août dernier, utilisés lors d’une manifestation de protestation contre le tourisme sexuel.

Des lois récentes et incomplètes

En Union soviétique, le Parti avait décidé que la prostitution n’existait tout simplement pas, l’énergie du citoyen devant être mise tout entière au service de la révolution. La prostitution est idéologiquement en contradiction avec le triomphe de la révolution. Absence officielle de prostitution, donc absence de délit, donc inutilité de la loi : aucun article du code pénal n’était prévu sur le sujet depuis 1920 (mais il comportait curieusement des peines sévères pour les proxénètes).

L’Ukraine a inscrit la traite d’êtres humains dans la liste des infractions pénales. L’article 149 du Code pénal est entré en vigueur en 2001. Le programme de lutte contre ce trafic est appliqué par les autorités de manière inégale et de nombreuses lacunes rendent les poursuites en justice rares. D’autre part, l’article 149 ne considère que ce qui se passe au moment du franchissement des frontières. Les trafics menés sur le sol ukrainien ne sont pas pris en compte par la loi.

La campagne OIM : questions sur la forme

Le choix du billet de banque comme support de communication est assez classique, parce que son impact est immédiat, sa perception directe et sa mémorisation facile.

Quelques exemples de billets

• commémoratif


• publicitaire

• souvenir et publicitaire suggestif

• prosélyte



Le billet est l’image reflétée et projetée de l’État

La symbolique des billets de banque est à considérer dans la stratégie de communication retenue. Après avoir écarté la richesse et le pouvoir, le signe fort transmis par un billet est l’image du pays lui-même, c’est-à-dire ses valeurs, son positionnement international, ou plutôt celle que l’État souhaite transmettre à ses citoyens et au reste du monde. Ambassadeur du pays vu de l’extérieur du territoire national, le billet traduit aussi à l’intérieur des frontières la manière dont l’État perçoit sa propre image.

La monnaie ukrainienne est le Hryvnia (pluriel Hryven), dont le taux de change est 1 Euro = 6.76 Hryven.

Ces billets ont un style graphique traditionnel, tourné vers le passé : choix des personnages et des bâtiments historiques représentés. Les euros présentent un autre univers, ouvert sur le présent et tourné vers demain, par leur traitement  graphique contemporain : choix des couleurs et du trait, choix d’une architecture plus moderne. On peut comprendre, à la comparaison de ces deux univers symboliques, l’attrait de l’Europe pour des jeunes femmes à la recherche d’un avenir meilleur.

Le choix de l’euro comme support de la campagne est donc cohérent avec la cible visée.

Le message est-il efficace ?

En ce qui concerne l’efficacité du message, les avis sont plutôt partagés si l’on en croit les commentaires lus ici et là sur les blogs, l’effet produit étant même contraire à l’effet recherché.
- pour Laura María Agustín, l’image produite est trop esthétique et pas assez négative; la prostitution est embellie (» glamourises« ) par son association avec les emblèmes culturels européens; enfin, les monuments à l’arrière plan théâtralisent la femme.
- d’autres se demandent encore si ces images de prostituées attendant le client dans la rue parlent aux jeunes femmes, c’est-à-dire si elles ne sont pas une image du passé, parlante pour les générations précédentes, mais pas aux plus jeunes, dont l’image type du métier reflète les nouvelles formes de prostitution, en dehors de la rue (client acheteur avant le contact, travail en établissement…).

Les sous-entendus de l’article du Daily Telegraph

Mais la diffusion de ces euros particuliers soulève un autre problème, s’il s’avère que les insinuations du Daily Telegraph soient fondées.

D’après l’article, ces billets présenteraient une très bonne qualité d’impression : « The images, which are otherwise almost indistinguishable from the genuine notes…« .

Le chapeau de l’article emploie même le terme « Altered Euro banknotes« , ce qui semblerait indiquer que ces billets ne sont pas des imitations, imprimées sur papier ordinaire au lieu de filigrané, en couleur quadri au lieu des tons directs des encres de sécurité. En clair, l’article suggère que ces billets pourraient être pris pour des contrefaçons.

Il est difficile d’en juger sans avoir eu ces billets en main et sans information complémentaire sur la qualité réelle d’impression et les techniques employées.

Ainsi, il est fort possible que ces billets soient tout simplement semblables à ces billets publicitaires ou commémoratifs comme ceux présentés plus haut, que l’on trouve dans les boîtes aux lettres, sous un essuie-glace, ou distribués lors d’un événement particulier. Ces billets ne peuvent prêter à confusion : support utilisé différent, surcharge de l’image par des mentions claires, etc.

Des critères de reproduction très encadrés par la Banque centrale européenne (BCE)

Une réglementation très précise et contraignante détaille les cas de reproduction autorisés et interdits par la BCE. Le document pdf complet de la décision de la BCE du 26 août 1999 (BCE/1999/2) peut être téléchargé ici.

Il serait quand même extrêmement surprenant qu’un organisme aussi sérieux que l’OIM se soit aventuré dans la fabrication et la distribution d’euros pouvant être considérés comme contrefaits.

à suivre…

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Le navire maudit, acte 2

Le porte-conteneur MV Iran Deyanat, capturé le 21 août dernier au large de la Somalie, a été libéré vendredi 10 octobre par les pirates. Selon l’Islamic Republic of Iran Shipping Line (IRISL), le bateau est en route vers les eaux internationales avec ses 29 membres d’équipage sains et saufs. Il n’est pas précisé si une rançon a été versée.

lire l’acte 1 ici <<

Mise à jour – novembre 2008

Le MV Iran Deyanat est finalement arrivé à bon port à Rotterdam le 11 novembre dernier, et a déchargé sa cargaison sans incident notable. Lire le compte-rendu d’Information Dissemination, qui propose deux articles en lien.

Bazar aux bazars

Après une semaine de bras de fer entre le gouvernement iranien et les bazars de plusieurs grandes villes du pays, le président Mahmoud Ahmadinejad renonce temporairement à son projet de TVA. Lire la suite »

Afghanistan : la double rupture – vers un nouveau jeu (2)

lire le début de l’article ici <

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Comprendre la vision du djihad

Tenter de comprendre – qui ne veut pas dire être d’accord – Al-Qaïda implique de revoir certaines de nos idées reçues. Étudier la relation des talibans avec Al-Qaïda montre la spécificité de la situation afghane. Démonter les mécanismes du djihad permet de mieux en saisir la logique de communication et d’action.

• une interview de 2004 donnée à Londres par le chef du mouvement d’opposition saoudien MIRA (Movement for Islamic Reform in Arabia), le docteur Saad Al-Faqih, donne beaucoup d’explications sur divers sujets. Que recouvre l’appellation Al-Qaïda et qui se nomme ainsi ? L’absence de littérature commune, la seule base du djihab comme ciment, lutte personnelle pour la foi qui permet des adhésions temporaires de combattants non arabes, la rupture d’Oussama Ben Laden avec l’Arabie saoudite, causée par la trahison du régime et des autorités religieuses d’avoir accepté la présence d’un demi-million d’américains sur le sol sacré, la transformation stratégique créée par la rencontre de Zawahiri, le respect de l’absence d’ambition internationale du djihad taliban, l’absence historique de tradition du djihad chez les chiites, la réflexion sur l’impossibilité d’une riposte nucléaire des États-Unis, et le postulat qu’en cas de conflit, les États-Unis réagissent comme un cowboy : « The American mentality is a cowboy mentality – if you confront them with their identity theoretically and practically they will react in an extreme manner. In other words, America with all its resources and establishments will shrink into a cowboy when irritated successfully. »

• les alliances mouvantes et les sources de conflits. Pour s’y retrouver dans le dédale des alliances au sein des forces des talibans, néo-taliban, Arabes afghans d’Al-Qaïda, agents de l’ISI, on peut se réferer au site de Maloy Krishna Dhar, ancien directeur-adjoint du renseignement indien (Central Intelligence Bureau), véritable mine sur la situation du djihad dans le sous-continent et très intéressant par la vision indienne des menaces actuelles.

.• une intéressante distinction sémantique est à noter sur un forum dédié à la pensée du maître soufi Jalâl al-Dîn Rûmi, né en septembre 1207 à Balkh, en Afghanistan. Selon ce site, la majorité des non-musulmans et des musulmans connaissant mal l’arabe traduisent le mot « Djihad»  par « guerre sainte» , qui n’est pas son sens exact. Le djihad est une lutte, un effort, un combat personnel pour la foi. La « guerre sainte»  est une lutte générale d’une société et correspond au mot arabe « Al Harbul – Muqaddasa» ; la « guerre»  est « Harb»  ou « Qital» . Ce site expose aussi la théorie que les États-Unis ont remplacé la guerre froide contre l’URSS par la guerre froide contre l’islam (Karen Armstrong, John L. Esposito).

Cette distinction sémantique existe en Inde, comme le montre la lecture de cet article, qui interroge des étudiants musulmans de l’Université Jamia Millia Islamia du sud de New-Delhi après l’attentat du 13 septembre : « Ils (les terroristes) revendiquent faire le djihad, mais en réalité ils ne font que le fasad, c’est-à-dire des actions violentes qui mènent au chaos. La guerre sainte, que les occidentaux associent au djihad, se traduit littéralement par harbul muqaddasa et n’est pas mentionnée une seule fois dans le Coran ».

• la curiosité de ce forum est qu’il annonce une conférence qui aura lieu le 12 octobre à Washington, sur le thème “After the Taliban: Nation Building in Afghanistan”. Cette conférence aura pour orateur l’ambassadeur James Dobbins, Directeur du centre de Sécurité internationale et politique de Défense de la RAND Corporation. En rapprochant cette information des résultats de l’étude « Defeating Terrorist Groups«  de la RAND publiés le 19 septembre dernier, qui conseille fortement un changement de politique américaine, notamment en cessant d’utiliser une terminologie et une action militaire directe dans la lutte contre le terrorisme. La question que l’on pourrait se poser est qui, du forum ou de la RAND, souhaite influencer l’autre dans sa perception de l’islam ?

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Les lignes de force des objectifs européens

• la reconstruction de l’Afghanistan sur les plans économique, politique, social. Sur le sujet on peut relire la Déclaration finale de la conférence du 12 juin 2008 à Paris, publiée sous l’autorité des trois co-présidents : le Président de la République islamique d’Afghanistan, le Président de la République française,  le Secrétaire général des Nations unies, et qui fixe les objectifs du Pacte pour l’Afghanistan.

« Il faut que les dirigeants de l’Etat, des partis politiques ainsi que les chefs religieux ressentent les malheurs des gens et qu’ils croient sincèrement que l’Afghanistan est notre maison commune. Notre destin commun nous oblige à combattre notre égoïsme, notre narcissisme, nos prises de positions partisanes concernant notre clan, notre ethnie et notre tribu. Nous devons combattre nos pensées primitives et mettre tout en œuvre pour garantir les intérêts nationaux de l’Afghanistan, la paix civile, la sécurité et un avenir plein d’espérance.Tant que la détermination et l’honnêteté ne seront pas de mise, tous les moyens actuels partiront en fumée. Nous serons dans une impasse barricadée par l’égoïsme et l’intolérance. »
Mahboba Wahezi, Directeur de l’Afghan Women’s Business Council.

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• la mise en place d’une dynamique conjointe Inde-Pakistan-Union Européenne. On peut noter le désir de rapprochement Inde-Pakistan, en dépit des attentats et malgré l’aversion de l’Inde pour les situations d’affrontement. Ainsi le premier ministre indien, Manmohan Singh, et le président pakistanais Asif Ali Zardari ont décidé le 25 septembre dernier de reprendre les négociations de paix entre les deux pays. Les questions d’anti-terrorisme « qui inquiètent des deux côtés»  doivent être abordées en octobre. Le communiqué est clair : « Ils sont d’accord que la violence, l’hostilité et le terrorisme n’ont pas leur place dans l’idée qu’ils se font de leur relation bilatérale et qu’ils doivent être évités de façon visible et vérifiable ». M.K. Narayanan, conseiller indien à la sécurité nationale, avait déclaré en juillet après l’attentat contre l’ambassade d’Inde à Kaboul : « L’ISI doit être détruite ».

Le précédent rapprochement historique des deux pays, initié en 1966 par l’URSS, avait finit par la mort suspecte du premier ministre indien, Lâl Bahâdur Shâstrî, le lendemain de la signature de la Déclaration de Tashkent.

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• la rénovation de la démocratie pakistanaise est une priorité et doit être soutenue par une volonté politique forte. Les aspirations démocratiques semblent traverser toute la société pakistanaise, et l’État doit se réformer.

« Il y a deux sortes de gens qui vivent bien au Pakistan. Les gens qui ont un nom et ceux qui ont de l’argent. Tous les autres sont des insectes, des vers de terre. Ils n’ont aucun pouvoir, aucun moyen d’agir.»

Historiquement, le Pakistan est né d’une vision naïve de la foi comme seul guide de l’État. Aucune structure ni aucun programme n’ont été mis en place pour atteindre ce but, explique V.S. Naipaul lors d’un voyage au Pakistan en 1998. « Le nouvel État avait été créé à la hâte et sans vrai programme. […] On n’avait jamais vraiment réfléchi à la manière de diriger le nouveau pays. Tout devait découler du triomphe de la foi. Mais l’identité islamique, cause si puissante de la contestation avant la partition, ne pouvait à elle seule assurer la cohésion de l’incommode pays double. Le Bangladesh, ayant sa langue et la culture propres, fit bientôt sécession. Puis tous ceux qui recherchaient le pouvoir politique dans ce qui restait du Pakistan rivalisèrent d’islamisme avec leurs rivaux.
[…] Le Pakistan n’eut pas à payer le prix de son existence : il devint un satellite des États-Unis, ses divers régimes soutenus pendant toute la guerre froide. Il n’élabora pas une économie moderne ; il n’en éprouvait pas le besoin. Au lieu de cela, il se mit à exporter sa population et se transforma, en partie, en économie de transferts. Trente deux ans après la partition, la guerre contre l’occupation russe éclata en Afghanistan. On pouvait encore y entrer comme dans une sorte de guerre de religion ; et, là encore, le butin fut prodigieux. Les armes américaines et les drogues afghanes circulèrent dans le pays pendant huit ans ; et des centaines de millions de dollars tombèrent au passage aux mains de croyants. Trop flagrante, la corruption finit par miner l’État. La religion publique et le pillage privé formaient un cercle, impossible à rompre en aucun point pour un nouveau départ. Au bout de quarante ans de cynisme et de paresse intellectuelle, l’État, qui au début était pour certains pareil à Dieu, était devenu une entreprise criminelle.
»

Aujourd’hui les protestations et manifestations des avocats sont un signe de la possibilité d’une union nationale autour d’un idéal démocratique.

Iftikhar Muhammad Chaudhry, l’ancien président de la Cour Suprême du Pakistan limogé et accusé par Musharraf, apparaît comme un pilier possible de la rénovation de l’État. Poser le droit comme ciment national, assurer une autorité non corruptible et juste qui le fasse respecter, sont deux défis qu’il semble pouvoir porter.

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Régime démocratique et code d’honneur

Mercredi dernier Le Canard enchaîné a lancé une polémique sur la teneur d’un câblogramme échangé entre Sir Sherard Cowper-Coles, ambassadeur britannique à Kaboul, et la France. Ce câblogramme mentionnerait d’une part l’existence de désaccords avec la stratégie américaine – qui ont été confirmés depuis – et d’autre part l’étude de l’installation d’un régime dictatorial en Afghanistan – propos démentis par David Miliband, secrétaire britannique aux Affaires étrangères et par le porte-parole du Quai d’Orsay.

Que recouvre exactement ici ce terme de « dictature»  ? Cette idée est-elle négative ou dangereuse pour le pays ? Le modèle occidental est-il exportable ?

• le poids de l’honneur. Pourquoi le code d’honneur est-il un refuge pour certaines populations ? V.S. Naipaul, écrivain de langue britannique né à Trinidad dans une famille indienne, a remarqué que l’idée d’honneur est une constante des sociétés qui ne peuvent compter que sur elles-même pour se défendre.

« Langue, territoire, hospitalité, asile, vengeance : l’honneur s’étendait à tous ces domaines. Bien que dans certains détails le code fût purement local, cette conception de l’honneur était commune à tout le sous-continent. […] Lorsque les gens savent au tréfonds d’eux-même que les gouvernements sont mauvais et qu’ils ne peuvent se fier à aucune loi ou institution, l’idée d’honneur devient vitale. Sans elle, ceux qui n’ont ni voix ni représentation dans la société ne sont rien. »

Cette conception nous paraît archaïque et lointaine. Il suffit pourtant de regarder en France. La Corse a cet héritage culturel de l’honneur, de par son histoire et sa solitude géographique face aux dangers.

• la menace démocratique. Comme le diplomate indien P.K. Varma l’explique, le fonctionnement d’une démocratie doit pouvoir s’intégrer dans la société existante de manière non menaçante. La concrétisation du règne de la Loi remplaçant les anciens codes d’honneur ne peut se faire que dans le cadre d’un pacte national qui respecte l’essence des structures familiales, sociales et régionales.

« Les politologues peuvent tirer d’intéressantes conclusions du fonctionnement de la démocratie en Inde. La principale est qu’il n’est pas de loi universelle qui explique le succès d’institutions démocratiques. La démocratie peut trouver ses racines, non pas en raison de la force intrinsèque des idées qu’elle représente, mais en raison de certaines forces dans le caractère et la façon de penser du peuple dans lequel elle est transplantée.  […] Dans les sociétés où les traditions indigènes ne sont pas aussi fortes, la démocratie peut être sommairement rejetée comme une menace totalement inacceptable. »

• la faiblesse ou la corruption de l’État. La loi n’est rien sans une forte volonté de l’État de la faire respecter et de la respecter lui-même. L’unification politique du État implique l’unification du droit, et l’autorité de l’État doit être perçue comme juste et capable de faire respecter ce droit. Le but de l’État, par l’établissement du règne de la loi, est l’établissement de la paix sociale et la garantie des droits civils du citoyens, qui inclue la défense du faible et du pauvre. Si l’État est faible ou corrompu, les citoyens sont abandonnés au plus fort, et retournent à l’ancien code d’honneur, où le clan les protège. C’est le même mécanisme qui agit dans l’allégeance sociale à une mafia.

• Il est intéressant de parler maintenant de Bonaparte et du Code civil. Bonaparte est né en Corse. Il a donc grandit dans cette société structurée par le sens de l’honneur. Arrivé au pouvoir, il a une vision – certes pas démocratique selon nos critères actuels – de l’État, du rôle de la loi dans la protection du citoyen. La rédaction et l’établissement du Code civil, la mise en place des préfets dans le système de construction de l’autorité deviennent un modèle pour l’Europe.

On pourrait rêver devant la vision d’un Pakistan libéré appliquant un nouveau Code civil, établit sous la direction de Chaudhry, et qui serait adopté en Afghanistan par un État respectable, lui aussi obligatoirement fort.

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Une devise afghane

Cette pensée de Jalâl al-Dîn Rûmi pourrait résumer la situation actuelle : « La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve.»

Comme l’avait déclaré une source afghane lors des négociations de La Mecque : « Le respect de l’opinion des autres est inscrit dans la mentalité afghane

Dont acte. Ce serait une belle devise nationale.

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  • " MT @ibukun 9:35am Good news: GEJ just said he will set up a committee to look into how to reduce the number of committees #pray4committees"
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