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Afghanistan : la double rupture – vers un nouveau jeu (1)

Plusieurs déclarations se sont succédées depuis dimanche pour annoncer, dans une symétrie intéressante, une rupture stratégique majeure au sein de chacune des coalitions armées en présence. Les cartes étant rebattues, un nouveau jeu est en train d’être mis en place par le gouvernement afghan et ses conseillers. Quelles en seront les lignes de force ? Et quels sont les nouveaux objectifs européens et français ?

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Une double rupture stratégique

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La rupture au sein de la coalition entre les États-Unis, l’ONU et la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) est officiellement consommée.

Le général américain David MacKiernan, commandant des troupes de l’OTAN en Afghanistan, avait affirmé mercredi dernier être « plus convaincu que jamais que les talibans n’auraient pas le dessus ».

Dimanche 5 octobre, le général Mark Carleton-Smith, commandant des troupes britanniques, a déclaré de manière inattendue au Sunday Times : « Nous n’allons pas gagner cette guerre. […] Si les talibans étaient prêts à s’asseoir à une table pour parler d’une solution politique, alors cela serait précisément le type de progrès susceptible de mettre fin à ce type d’insurrection », exprimant ainsi l’opinion officieuse de nombreux diplomates et officiers de l’OTAN.

Lundi 6, le représentant spécial de l’ONU en Afghanistan, Kai Eide, confirme : « Nous savons tous que nous ne pouvons pas gagner militairement », déclaration appuyée par Stephen Harper, le premier ministre canadien. C’est ensuite l’Allemagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui annonce le renforcement de l’effort de stabilisation et son retrait de l’opération Enduring Freedom.

Le président afghan Hamid Karzaï avait fait part récemment de sa demande de médiation auprès de l’Arabie saoudite pour lancer des négoctaion avec Mollah Omar, le chef des talibans.

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La rupture au sein des forces armées d’opposition entre les néo-talibans et Al Qaïda est officiellement annoncée, leurs objectifs étant maintenant divergents.

Mardi 7 octobre, le journal Asharq Al-Awsat publie un article rapportant la tenue de pourparlers à la Mecque entre les talibans et le gouvernement afghan, sous la médiation de l’Arabie saoudite. Ces négociations secrètes ont pris place les dix derniers jours du ramadan, et auraient inclus un/des représentant(s) du Pakistan. Les talibans, par la voix de Mollah Mohamed Tayeb Agha, porte-parole de Mollah Omar, ont annoncé à cette occasion qu’ils n’étaient plus alliés à Al-Qaïda dans le conflit afghan. Un compte rendu est aussi publié sur le site du Centre for Conflict and Peace Studies (CAPS). Il n’est pas inutile de noter que la date du communiqué, le 7 octobre, correspond exactement au septième anniversaire des premières frappes aériennes américaine en Afghanistan, le 7 octobre 2001.

Cette rencontre, positive malgré de nombreux points de désaccords, se serait déroulée dans une atmosphère cordiale. Il aura fallu deux ans pour la mettre au point : 17 participants pour la délégation afghane, 11 pour celle des talibans, réunis sous l’autorité respectée de Sheik Faqih, ancien chef de guerre des Arabes afghans durant la lutte contre l’occupation soviétique.

L’Arabie saoudite indique ainsi par son implication dans les négociations qu’elle change de stratégie et propose une approche régionale nouvelle pour la résolution du conflit, tant envers le Pakistan qu’envers Al-Qaïda.

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Les vraies raisons de la rupture occidentale

Deux guerres distinctes sont conduites en Afghanistan : 1) l’opération militaire américaine Enduring Freedom (Liberté immuable) qui s’inscrit dans le cadre de la « War on Terrorism»  visant Al-Qaida – 2) les opérations militaires de stabilisation de la guérilla talibane menées par la FIAS sous l’égide de l’ONU.

Ainsi les objectifs stratégiques des États-Unis et des pays membres de la FIAS sont divergents :
les États-Unis souhaitent renforcer leur présence militaire après les élections présidentielles et intensifier la « guerre contre le terrorisme» ;

la FIAS sous commandement de l’OTAN vise en priorité à stabiliser le niveau d’insurrection, former les forces afghanes pour permettre une véritable reconstruction, ouvrir le dialogue avec les chefs de l’opposition armée et impliquer dans ce processus les pays voisins, c’est-à-dire le Pakistan – et l’Inde.

Différentes analyses avaient déjà souligné que la complexité de la situation afghane impliquait une réponse globale et non plus uniquement militaire, incluant en plus des négociations une action ferme sur le Pakistan (voir la conclusion de la déclaration de l’OTAN du sommet de Bucarest en avril dernier, celles de Gérard Chaliand et de la mission parlementaire française menée par les députés Pierre Lellouche-UMP et François Lamy-PS).

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Mais les deux principales causes de cette rupture stratégique ne peuvent être évoquées diplomatiquement avec les États-Unis, tant ceux-ci ne souffrent aucune contradiction sur les sujets idéologiques tels que la lutte contre le communisme, l’axe du Mal, les forces du Bien, dont dérivent le choix du nucléaire pakistanais. Ces questions ne peuvent être discutées ouvertement, ce qui oblige l’Europe à réfléchir à d’autres moyens d’action en vue d’orienter les alliances régionales dans le sens de la paix.

• La première cause est le profond et persistant désaccord sur la question du Pakistan, qui conduit en sous-main depuis quarante ans les objectifs de la politique étrangère américaine du sous-continent. Les financements massifs continus ont mené à la corruption de l’État et de l’idéal national. L’utilisation abusive et sans garde-fou des services de renseignement pakistanais, l’Inter-Services Intelligence (ISI) comme bras armé de la lutte contre l’Inde, contre les soviétiques, les Taliban et Al-Qaïda en est la résultante la plus terrifiante, l’ISI toute-puissante étant aujourd’hui devenue incontrôlable et morcelée en factions opposées.

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La situation actuelle est la conséquence de l’enchaînement historique d’événements qui datent de la guerre froide. En 1979, le président démocrate Jimmy Carter lance l’Opération Cyclone, une opération secrète pilotée par la CIA pour financer, armer et former une guérilla anticommuniste parmi les moudjahidines afghans.
L’ISI est chargé de la réalisation, avec l’aide des services britanniques (MI6) et saoudiens. Le budget américain annuel de l’opération s’élève à 2,1 milliards de dollars en dix ans. Les chefs militaires afghans Ahmed Chah Massoud, Jalaluddine Haqqani et Gulbuddin Hekmatyar en sont les bénéficiaires et principaux acteurs.

• La seconde cause est le doute et le désaveu de l’opinion publique et des parlementaires européens envers les méthodes employées contre Al-Qaïda, aussi bien en Afghanistan qu’ailleurs : bombardements aveugles de cibles civiles, existence des prisons secrètes de la CIA, illégalité juridique du camp de Guantánamo.

A cet égard, les éliminations des combattants par la ruse (Massoud tué par de faux journalistes ou Khattab empoisonné par une lettre) semblent plus efficaces.

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Quelques images

Pour mieux appréhender la réalité de la région, voici un lien vers plusieurs albums photos (© Noor Khan) :

- Pakistan : FATA, Bajaur Agency, Mohmand Agency

– Afghanistan : Northwest of Herat, and the road to Turkestan


- Afghanistan : photos prises entre 1975 et 1979 – Balkh (Turkestan)

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>> lire la suite ici

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Category: géopolitique

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