nov 27, 2008
Attentats de Mumbai : une instrumentalisation de l’Occident ?
Il ne faut pas se tromper : la guerre en cours dans le sous-continent est une guerre de musulmans contre des musulmans (» It’s our war« ), où l’Occident est – à son tour et inconsciemment – instrumentalisé par les groupes terroristes agissant sous label Al-Qaïda pour le contrôle de la région.
La vision occidentale des conflits afghan et irakien donne une lecture inversée de ces enjeux stratégiques, l’erreur venant d’une grille de lecture exclusivement ethnocentrée, dictée par l’habitude et la dangereusement fausse sensation de maîtriser le jeu souterrain en cours.
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Les Britanniques comme première cible
Les attentats et prises d’otages en cours à Mumbai en sont l’illustration (1, 2, 3). Coïncidant avec la visite hier en Afghanistan et au Pakistan du Secrétaire des Affaires étrangères britannique David Miliband, le message est clair, un des objectifs étant l’arrêt du rapprochement indo-pakistanais en cours à haut niveau gouvernemental (libération de prisonniers de part et d’autre de la frontière, discussions et projets énergétiques stratégiques, négociations de coopération agricole, proposition de désarmement nucléaire mutuel et assurance pakistanaise…).
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Le niveau de la menace régionale s’élève encore
Les multiples et successifs attentats (ambassade indienne à Kaboul – portant la signature d’Al-Qaïda mais que la CIA et certains médias auraient tenté d’imputer à l’ISI –, attentat du Marriott, la vague d’attentats survenus en Inde depuis l’été, les attaques de Mumbaï marquent aujourd’hui le départ d’une nouvelle stratégie.
Le choix de la date du 26 novembre serait d’ailleurs à étudier plus précisément, les anniversaires étant toujours symboliques dans les attaques signées Al-Qaïda.
Les médias pakistanais ont fait état la semaine dernière de la volonté du président Zardari de considérer la sécurité de Karachi comme prioritaire. Une lecture possible de cet article est que Karachi est la prochaine cible des djihadistes, ouvrant un deuxième front intérieur au Pakistan, cette fois-ci urbain et hautement stratégique, Karachi étant le poumon économique vital du pays.
Dans cette optique, dresser l’Inde contre le Pakistan et la stratégie britannique en cours dans la région est un objectif prioritaire pour les terroristes (il faut se rappeler utilement qu’il y a plus de musulmans vivant en Inde qu’au Pakistan).
Une lecture très anecdotique (mais peut-être pas si éloignée que cela du ressenti populaire) de la situation sécuritaire et des sentiments nationaux peut être faite à travers le cricket, sport national dans les trois pays concernés (Inde, Royaume-Uni, Pakistan). Le tournoi au Pakistan avait été annulé cette année, les grandes équipes hésitant à se déplacer pour raison de sécurité. L’équipe anglaise vient d’annuler ses matches prévus en Inde pour raison de sécurité, et le Pakistan s’interroge sur sa venue en janvier 2009, tant avec les grandes équipes étrangères (Australie, Angleterre, Inde, Afrique du Sud…) qu’avec les équipes mineures.
Les commentaires sur ces blogs sont un constant démenti à l’image généralement véhiculée d’une hostilité ouverte entre Indiens et Pakistanais. Lorsque certains sujets politiques et religieux sont abordés, les échanges, parfois animés, sont bien loin des stéréotypes d’une propagande à œillères.
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Y a-t-il une stratégie de défense Indo-Pakistanaise ?
Dans la mesure où nous ne savons pas quel est le degré réel de coopération entre les services indiens, britanniques et pakistanais, il est difficile de dire si cet objectif peut être atteint. Au niveau des médias et des citoyens, il est loin d’être acquis que la communauté musulmane indienne soit sensible à l’appel de la violence, et ces attentats peuvent avoir l’effet inverse de celui recherché.
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Une autre lecture : l’enjeu de Jérusalem
On peut se demander si une lecture globale des conflits mondiaux en cours sous label Al-Qaïda, considérant les actions manipulées ou non des services britanniques, américains, pakistanais, indiens, saoudiens, israéliens, iraniens, syriens, russes, chinois, dans une perspective identitaire religieuse morcelée, ne donne pas comme clé l’enjeu essentiel de la guerre en cours : le contrôle des lieux saints musulmans de Jérusalem, dans une lutte à mort entre l’Arabie saoudite et l’Iran, le monde étant l’échiquier de ce jeu d’échecs planétaire pour l’appropriation des âmes des croyants.
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Ta thèse est que l’Inde et le Pakistan coopèrent, du moins à un certain degré. Et qu’ils devraient le faire.
Mais que dire des propos du Premier Ministre indien Manmohan Singh, lorsqu’il affirme que le groupe « Lashkar-e-Taiba» qui aurait perpétré les attentats, est téléguidé par Islamabad?
Voir http://www.lefigaro.fr/international/2008/11/28/01003-20081128ARTFIG00262-new-delhi-jette-un-regard-accusateur-vers-islamabad-.php ou encore http://www.tagesschau.de/ausland/indienpakistan104.html
Lapsus, automatisme, retour de la question du Cachemire, ou révélateur d’un clivage plus profond?
Deux petites remarques préliminaires :
- Il y a autant de musulmans en Inde qu’au Pakistan;
- Le Pakistan lutte pour sa survie et sa marche forcée vers la démocratie est une course contre la montre.
1) Sur la coopération des services Inde-Pakistan dans l’enquête :
« Le Premier ministre (indien) Manmohan Singh a demandé à notre Premier ministre d’envoyer en Inde le chef de l’ISI pour aider à l’enquête et pour partager des renseignements» , a expliqué M. Bashir, porte-parole du Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani.
http://www.romandie.com/infos/News2/081128110217.jqvhgimg.asp
Le nouveau chef de l’ISI, le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha, nommé par le président Asif Ali Zardari le 29 septembre 2008, est un proche du général Ashfaq Kayani (chef d’état-major, ancien DG de l’ISI de 2004 à 2007).
2) Sur la coopération Inde-Pakistan en général :
Je pense qu’il est réaliste de supposer que le président Zardari et le premier ministre Singh ont eu des contacts bien avant leurs rencontres officielles, et peut-être même avant l’élection de Zardari.
De plus, au vu de la situation actuelle du Pakistan et de l’Afghanistan, c’est la seule carte à jouer pour l’Inde comme pour le Pakistan. Les deux pays sont aujourd’hui liés par cette menace commune de chaos, la chute de l’un entraînant l’autre.
3) Les propos du premier ministre indien sont à mon sens plus des propos politiques destinés à l’habituelle lecture intérieure indienne, et ne sont pas en contradiction avec le fait de coopérer avec le Pakistan sur cette enquête.
4) Sur le Lashkar-e-Toiba (LeT) de Hafiz Mohammed Saeed :
passé dans la clandestinité depuis son interdiction en 2001, il a continué à être soutenu par l’ISI et la DGFI (l’équivalent de l’ISI au Bangladesh, qui a fait partie du Pakistan jusqu’en 1971), ce qui ne l’a pas empêché de de menacer ponctuellement le gouvernement pakistanais par des attaques.
5) Pour la complexité et l’historique de ces liaisons souterraines, lire les articles de Maloy Krishna Dhar, ancien directeur du renseignement des services indiens :
DGFI Directs Terrorism and Jihad Against India :
http://maloykrishnadhar.com/the-fulcrum-of-eastern-evil-dgfi-directs-terrorism-and-jihad-against-india
Western Disturbances And Subcontinental Tsunami :
http://maloykrishnadhar.com/western-disturbances-and-subcontinental-tsunami
6) Enfin, une première analyse précise de Claude Moniquet sur ces attaques est publiée aujourd’hui sur le site de l’ESISC (à télécharger) :
http://www.esisc.org/terrorisme.php
PREMIERS ENSEIGNEMENTS DE LA TUERIE DE MUMBAI
Le chef de l’ISI ne viendra finalement pas en Inde suite aux accusations de l’Inde…
Les gouvernements de ces grandes nations tomberont ils dans le piège de ces » extrémistes» en restant poli.
There cannot be co-operation between Pakistan and India. Pakistan is a nation that was born out of hatred for India. It is similar to dividing france and giving a portion to the french muslims and still expecting them to be friendly with you. Even if the Pakistani people want good relations with India due to cultural links (bollywood, cricket, etc) and economics, the Pakistani islamists and army will not allow that. Pakistan has already become a failed state where the will of the people does not matter.