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Pakistan Zindabad ? (Longue vie au Pakistan ?)

Le Pakistan, pays-clé de la stabilité du sous-continent, a commencé sa refondation, menée d’une main de maître par le tandem Zardari-Gilani. La restauration de l’autorité publique et la reprise en main de la sécurité intérieure – lire ici le démantèlement de la branche politique des services pakistanais (ISI)–,semblent annoncer la mise en place – par paliers prudents – d’une démocratie réelle pour tous les citoyens.

La période de transition présidentielle américaine semble aussi être mise à profit pour faire glisser le Pakistan vers la sphère d’influence britannique (et européenne ?), au détriment de l’ancien protecteur américain, perçu maintenant par la population et les élus comme une menace à l’intégrité du pays – et, plus grave encore, à sa survie.

Décrié par l’habituelle opposition politique, accusé d’être un combinard, profiteur, machiavélique, étiqueté comme corrompu et peu fiable à l’étranger, suspecté de main-mise sur le pays, le président Asif Ali Zardari est-il réellement le fossoyeur d’un pouvoir populaire éternellement confisqué ?
Ou bien paradoxalement, est-il justement l’homme de la situation, ses « défauts»  devenant dans le contexte actuel les « qualités»  nécessaires et indispensables pour unifier le pays et le mener vers une démocratie tant attendue ?

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Asif Ali Zardari est-il – toutes proportions gardées – le Mazarin du Pakistan ?

Partant de l’article de Wikipédia sur Mazarin, on peut relever deux points de convergence entre les deux personnages : leurs objectifs politiques et leur enrichissement personnel.

1 – Objectifs et bilans politiques

«  Au terme de sa vie, Mazarin avait rempli les principaux objectifs politiques qu’il s’était fixés pour la France. A savoir :
- Apporter une paix stable à l’Europe et dont la France soit l’arbitre ;
- Mettre un terme définitif aux révoltes nobiliaires, affirmer l’autorité royale au détriment des grands du royaume ;
- Soumettre le clergé.
» 

Ce sont à peu près les trois principaux défis du Pakistan de Zardari :
- apporter une paix stable à la région, soit résoudre les équilibres Afghanistan-Pakistan-Inde-Chine et déserrer l’étau américain,
- mettre un terme aux troubles et menaces intérieures : zones tribales, talibans, jihadistes étrangers sous label Al-Qaïda, dissidents des services parallèles issus de l’ISI, autorités corrompues ; réaffirmer l’autorité civile de l’État face aux multiples pouvoirs en place, officiels ou souterrains, nationaux ou étrangers ; poser les bases d’une démocratie acceptée par tous,
- réduire l’influence des madrasas, contrer l’islam fondamentaliste, contrôler les imams locaux, développer un islam national cohérent et progressiste respectant la Constitution.

Ces trois objectifs devant être menés en parallèle par le gouvernement, dans un contexte économique et sécuritaire très difficile.

2 – La réputation de corruption et les accusations d’enrichissement personnel

« Dès le début de son gouvernement, Mazarin s’enrichit énormément en confondant les caisses de l’État avec sa caisse personnelle. Cela lui procura une grande souplesse financière, qui se révéla vite indispensable pour remplir ses objectifs politiques. […] Grâce à l’habilité financière de Nicolas Fouquet et de Jean-Baptiste Colbert, il put ainsi aisément disposer immédiatement de toutes les sommes qui lui furent nécessaires.» 

On trouve de nombreux articles critiques sur la personne d’Asif Ali Zardari (ici, et encore ) relatant son appétit pour les commissions occultes, qui lui a valu son surnom de « Monsieur 10%« . Un portrait élogieux détonne dans ce tableau, émanant de Nafisa Shah, députée du Parti du peuple pakistanais (PPP).

Alors Mazarin ou Machiavel ? Pour ou contre le pays ? Il est difficile d’avoir un avis tranché et impartial sur le président Zardari entre les interrogations légitimes, la désinformation intérieure et extérieure et les luttes d’influence sans merci qui se livrent pour le contrôle du pays.

La complexité des structures du pouvoir pakistanaises, mélange de liens familiaux, ethniques, fédéraux, tribaux, de réseaux politiques, militaires, gouvernementaux, religieux, féodaux, financiers… nécessite, pour les maîtriser et les orienter dans le sens d’un soutien à la politique de l’État, des talents diplomatiques certains et des persuasions monnayées toutes orientales.

Disposer d’une fortune personnelle est donc une des deux conditions indispensables pour pouvoir gouverner, l’autre étant la capacité à jouer de toutes les palettes d’alliances pour rallier pacifiquement et faire travailler volontairement ensemble et au service de l’État des intérêts opposés.

Dans ce dernier rôle, le président Zardari est un expert : il serait capable de faire asseoir à la même table un serpent et une mangouste pour discuter du menu, chacun repartant satisfait après le repas, persuadé d’avoir obtenu la meilleure part, et plus fort encore, disposé à revenir à la prochaine invitation.

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Le tournant de 2007

Avant de faire l’état des lieux des promesses, actions engagées et résultats obtenus par le binôme Zardari-Gilani, il est nécessaire de faire un rapide survol des événements-clés survenus depuis juillet 2007. On peut ressortir cinq faits marquants, qui ont ébranlé la vie politique pakistanaise et enclenché l’évolution des mentalités dans le pays et au sein des communautés pakistanaises à l’étranger.

Juillet 2007 : le film Khuda Kay Liye (Au nom de Dieu) sort au Pakistan.
Le 3 novembre 2007 : Pervez Musharraf décrète l’état d’urgence et dépose la Justice.
Le 27 décembre 2007: Benazir Bhutto est assassinée.
Le 24 mars 2008 : à la surprise générale, Nawaz Sharif est écarté, Gilani devient premier ministre.
Le 18 août 2008 : Musharraf démissionne.

Juillet 2007 : Khuda Kay Liye (Au nom de Dieu) sort sur les écrans

Il peut paraître surprenant de placer un film comme un des éléments-clés dans l’histoire du pays. Et pourtant… Emblématique et profondément engagé sur plusieurs problèmes fondamentaux, ce film a eu une répercussion considérable à l’intérieur comme à l’extérieur du Pakistan, mettant les Pakistanais en face d’eux -même et de leurs contradictions, de leurs peurs et de leurs préjugés, sans fard et sans pitié pour leurs faiblesses. Vu par toutes les catégories sociales, souvent en famille (bien que visé par une fatwa), il est perçu comme un choc et marque profondément les esprits, lançant une introspection générale parmi la société et parmi les communautés éloignées des Pakistanais vivant à l’étranger. Il a même joué un rôle d’ambassadeur dans le dialogue de paix avec l’Inde, en étant le premier film pakistanais autorisé à la projection en Inde depuis 60 ans, depuis la seconde guerre du Cachemire et l’interdiction des films « ennemis» …

Réalisé par Shoaib Mansoor, produit par GEO TV Network, loin des clichés habituels de Lollywood et de Bollywood, Khuda Ke Liye (résumé ici, le site et la bande annonce ) parle « de la difficulté d’être Pakistanais ou musulman depuis le 11 septembre. Il y a une guerre entre les musulmans libéraux et les musulmans fondamentalistes. Il y a une guerre entre le monde occidental et l’Islam. Et les musulmans eux-mêmes sont divisés. Les musulmans instruits et modernes sont dans une situation difficile à cause de leur façon de vivre et de leur attirance pour la civilisation occidentale : critiqués et menacés par les fondamentalistes d’un côté, suspectés de terrorisme par ce même Occident à cause de leur religion ou de leur nom. Ce paradoxe est source d’une grande souffrance. Lors de son interrogatoire, Shan déclare : « Tous les musulmans ne sont pas des terroristes« , ce à quoi l’interrogateur américain répond : « Mais tous les terroristes sont musulmans« .

Destins croisés des personnages, destins brisés de deux frères chanteurs, dont l’un sera emprisonné et torturé aux États-Unis, et l’autre deviendra un fondamentaliste militant condamnant la musique, dont l’écho est d’autant plus fort pour le spectateur pakistanais que la musique a été composée par Rohail Hyatt, véritable star au Pakistan, cofondateur du groupe pop Vital Signs ayant dominé la scène musicale pendant 10 ans (le hit Dil Dil Pakistan, le second « hymne national»  du Pakistan, à écouter ici). Et que dans la vraie vie, le chanteur de Vital Signs, Junaid Jamshed, a quitté le groupe pour rejoindre un mouvement religieux fondamentaliste. L’histoire des deux leaders de ce groupe illustre les déchirements de la société pakistanaise. Le public s’est tellement identifié aux personnages que l’on peut lire dans un des commentaires, sur les nombreux blogs qui parlent du film, l’inquiétude d’un spectateur sur le destin de Mariam (personnage du film) après l’annonce d’un attentat à la bombe (dans la réalité) contre une école de filles dans les zones tribales.

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La sécurité du Pakistan : une priorité britannique vitale

Ce film a aussi été un révélateur pour la communauté pakistanaise musulmane résidant au Royaume-Uni, et a apporté aux Britanniques une meilleure compréhension de la blessure identitaire où se sont engouffrés les recruteurs du jihad, loin des anciens clichés à la Kipling.

À la charnière du monde occidental : la communauté pakistanaise britannique

Le Pakistan est redevenu une priorité pour le gouvernement de Gordon Brown, le Pakistan avec lequel le Royaume-Uni a eu une longue histoire d’amour, histoire qui dure encore. La rupture stratégique survenue au sein des forces militaires en Afghanistan n’a peut-être pas d’autre source que cet attachement sentimental plus fort que les liens politiques du Royaume-Uni avec les États-Unis.

Dès lors que le Pakistan, menacé par les États-Unis, appelle le Royaume-Uni à l’aide et demande son soutien, dès lors que les terroristes des attentats de Londres sont des Britanniques d’origine pakistanaise, la stabilité du Pakistan devient une affaire intérieure britannique vitale, la survie des deux pays étant indissolublement liée.

David Miliband, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique, va effectuer cette semaine (26 novembre) son deuxième déplacement au Pakistan, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Vendredi dernier, David Miliband s’est adressé à la communauté pakistanaise britannique de Bradford (une des plus importante du Royaume-Uni) en prononçant un discours pédagogique à la mosquée Madni Jamia – une première pour un membre du gouvernement.

Importance stratégique de la communauté dans la politique étrangère des deux pays, appel à sa responsabilité, mise en valeur de son double héritage et de son rôle primordial dans l’effort qui doit être fait pour transformer les préjugés de l’Occident envers des musulmans, assurance que le gouvernement britannique est à l’écoute leurs attentes, aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan de la refondation démocratique du Pakistan :
L’avenir du Pakistan est très important pour chacun de nous. Nous voulons voir un Pakistan pacifique, démocratique, prospère, en paix non seulement avec lui-même mais aussi avec ses voisins, ayant établi des échanges commerciaux et une collaboration politique et diplomatique non seulement avec l’Afghanistan ou l’Inde mais aussi avec le reste du monde.» 

Rôle de l’Union Européenne

Tout un programme, on le voit. Ce Grand jeu d’aujourd’hui marque le grand retour britannique dans le sous-continent, après l’échec de la stratégie américaine en Afghanistan et au Pakistan et de sa persistance (héritée de la guerre froide) dans son mépris de l’Inde, sans oublier le retournement du golem Ben-Laden/Al-Qaïda envers son créateur.

Cette reprise en main affirmée du leadership politique par le Royaume-Uni traduit la double volonté de l’Union européenne (Royaume-Uni, France, Allemagne) et du Pakistan, en collaboration avec toutes les puissances régionales concernées, d’engager une réponse stratégique alternative et durable avant la mise en place du gouvernement Obama.

à suivre…

Category: géopolitique

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One Response

  1. Frédéric dit :

    Je n’était pas au courant pour cette réforme de l’ISI (je ne connaissait pas non plus ce film). Avec les attaques en Inde et la tension qui en résulte entre ces deux pays, la réforme en cours peut elle abandonné.

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