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Afghanistan : OTAN et IFAS refusent un ordre illégal

À une semaine de la Wehrkunde de Munich et trois mois de Strasbourg-Kehl, l’Allemagne ouvre le feu en faisant éclater au grand jour la lutte qui se joue au sein du commandement de l’OTAN.

AFGHAN NATO/

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Premier tir (Allemagne)

C’est le Spiegel qui attaque jeudi 29 janvier au matin, en révélant l’ordre donné le 5 janvier dernier par le général John Craddock, Commandant Suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) et commandant opérationnel des forces de l’OTAN en Afghanistan, de traquer «tous les trafiquants de drogue et leurs installations», de les considérer comme «inextricablement liés aux forces armées d’opposition, qui doivent donc par conséquence être attaqués», et ce «sans qu’il soit nécessaire (…) de prouver que chaque trafiquant ou installation de drogue en Afghanistan remplit les critères d’un objectif militaire» – en clair, un permis de tuer.

Ce qui apporte une réponse effectivement très concrète à la question qu’avait posée Victor Fèvre-RDO suite à la lecture du blog du général John Craddock : « Un cancer, cela se fait trancher. Alors est-ce qu’il y aura une suite très concrète, ou n’est-ce que du vent?» 

Ce qui apporte aussi un éclairage inattendu (une explication?) à la constatation d’Olivier Kempf-EGEA sur l’éloignement transatlantique de l’Allemagne (temporaire, tactique ou pragmatique?).

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Le commandement refuse d’appliquer l’ordre

Car le problème du général Craddock est que les deux destinataires de la lettre-directive du 5 janvier, le général allemand Egon Ramms, commandant du NATO JFC HQ (commandement de forces interarmées de l’OTAN) et le général américain David McKiernan, commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), refusent d’appliquer l’ordre, qu’ils jugent illégal, l’estimant contraire au droit international (Law of armed conflict-LOAC) et aux règles en vigueur au sein de l’ISAF (sous mandat ONU).

Le général Ramms a été extrêmement clair sur ce point dans sa réponse, tout comme le général McKiernan, dont une lettre classifiée émise par le bureau de Kaboul affirme que « Craddock essaie de créer une nouvelle catégorie dans les règles d’engagement»  qui viserait à « sérieusement attaquer l’engagement que l’ISAF a pris auprès de la population afghane et de la communauté internationale de réduire l’usage de la force et d’éviter le plus possible les pertes civiles« .

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Rappel des dates

• Le 10 octobre dernier, à Bucarest, les 26 ministres de la Défense des pays membres de l’OTAN ont «reconnu un rapport clair entre le trafic de drogue et l’insurrection» et pris la décision de combattre le trafic d’héroïne en Afghanistan, source de financement des talibans.

Suite à cela, les troupes avaient été invitées « à mettre un terme aux affrontements avec les taliban plutôt qu’à solliciter un appui aérien susceptible de mettre des civils en danger« .

• En décembre, Central Command (Floride) avait durci les lois d’engagement en vue de protéger les civils, n’autorisant les forces américaines à bombarder les laboratoire de transformation que si elles avaient l’assurance que « l’opération ne tuerait pas plus de 10 civils« .

• Le 30 décembre, une directive signée du général américain David McKiernan a souligné « la nécessité de recourir à la force de façon proportionnée et de confier aux forces afghanes la fouille des habitations et des sites religieux, en l’absence de danger clairement identifiable» , « exige que les pertes civiles fassent l’objet d’enquêtes« , et a invité « les cadres militaires de l’ISAF à s’assurer que leurs hommes sont suffisamment formés à des tâches telles que la tenue de points de contrôle pour minimiser le recours à la force» .

• Le 8 janvier, le général Egon Ramms donne une interview à Stern, comme le rapporte bruxelles2

« Après les Britanniques, un autre général Allemand (4 étoiles) vient critiquer ouvertement la stratégie menée par les Occidentaux et l’Otan en Afghanistan. [...] le général Egon Ramms, commandant de l’Allied Joint Force de l’Otan [...] met en garde contre la tentation de présenter tout insurgé comme un taliban. Il est de plus en plus clair qu’il faille séparer les rebelles locaux et les mercenaires étrangers, estime-t-il. Jugeant souhaitable de pouvoir négocier avec certains« .

• Le 17 janvier, Ramms revient sur certains points plus stratégiques dans une nouvelle interview, précisant les positions européennes et canadiennes privilégiant la recherche du soutien de la population.

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Guerre au sommet

Après McKiernan, Ramms – c’en est trop pour Craddock, qui aurait alors accusé l’Allemagne de s’opposer à la politique de lutte contre les trafiquants.
Plus grave, il aurait fait savoir en interne qu’il envisageait de relever de leur commandement tout chef refusant ses instructions de combattre les trafiquants.

On peut tout à fait penser que cette campagne médiatique a démarré en réaction à cette annonce.

Le général Craddock

Le général Craddock

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Second tir (Canada) – Risposte (OTAN) – Contre-attaque (Allemagne)

• Jeudi matin, après lecture du Spiegel, les médias canadiens (cyberpressrelayent immédiatement l’information (on connaît les doutes de l’opinion publique canadienne).

• Dans la journée, l’OTAN riposte par un communiqué de son secrétaire général :
«Le secrétaire général juge inacceptable que des documents confidentiels aient fait l’objet d’une fuite et demande l’ouverture immédiate d’une enquête qui devra être conduite avec diligence», a indiqué James Appathurai, porte-parole de Jaap de Hoop Scheffer.

Le colonel Derek Crotts, porte-parole du général Craddock, explique qu’«aucun ordre n’a été donné».

James Appathurai reprend que le général Craddock n’a transmis qu’une «orientation générale en application de la décision» du 10 octobre des ministres de la Défense des 26 pays membres, pour lancer le débat entre responsables militaires avant de modifier les règles d’engagement envers les trafiquants. « Il n’a pas, il n’a jamais, émis un ordre illégal« , a insisté le secrétaire général.

Dans la journée, la classe politique allemande entre dans l’arène :
« plusieurs partis allemands ont protesté contre le général Craddock, les Verts au Parlement européen réclamant même son limogeage» 
tandis que « le ministère allemand de la Défense s’est refusé jeudi à tout jugement sur la position du général américain.» 

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Troisième tir (France, Suisse)

Jeudi soir, L’Express prend le relais en publiant le même article, tout comme Le matin : « Polémique à l’Otan sur un « permis de tuer»  les narcotrafiquants afghans« .

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Ruptures stratégiques, suite

Une double rupture de plus au sein du commandement, avec cette fois-ci l’éthique pour champ, s’ajoute à l’ambiguïté de la situation de double conflit (terrorisme/forces armées d’opposition).

Un problème de stratégie

George Friedman (Stratfor) propose une étude sur la réévaluation des objectifs stratégiques des États-Unis en Afghanistan : « Strategic Divergence: The War Against the Taliban and the War Against Al Qaeda» . Historique des objectifs stratégiques, des réponses militaires et des résultats obtenus – ou plutôt non-obtenus; selon lui, les États-Unis doivent séparer les deux conflits.

George Friedman pose en effet les questions suivantes :
– Quels sont les objectifs stratégiques des États-Unis en Afghanistan ?
– Quels moyens seront alloués à cette mission ?
– Quelles sont les intentions et les capacités des taliban et des autres forces armées d’opposition qui combattent les États-Unis et les forces alliées de l’OTAN ?
– Plus important, y a-t-il un vrai lien entre la guerre contre les taliban et la guerre contre Al-Qaïda?

Sa conclusion est que la victoire contre le terrorisme ne doit plus dépendre d’une victoire contre les taliban – et qu’un régime taliban contrôlant l’Afghanistan ne constituant pas une menace pour les États-Unis, devient de fait un objectif secondaire.

Un problème de police

Rangin Dadfar Spanta, ministre afghan des Affaires étrangères, a estimé qu’il fallait « des preuves»  d’un lien avec les terroristes pour que l’Isaf intervienne. « Si aucun but politique n’est poursuivi par un narcotrafiquant, alors c’est un criminel qui relève de la police« .

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L’héritage moral

On en revient à l’un des problèmes légués au président Obama : la gestion des conséquences morales de Guantanamo, la disparition de la légitimité du droit dans les conflits… et leurs retombées sur la construction de l’image mentale des États-Unis, à l’intérieur comme à l’international.

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Category: sécurité, défense, terrorisme

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2 Responses

  1. Frédéric dit :

    » Nettoyage par le vide»  ? Cela marche au cinéma avec Clint Estwood mais la réalité du terrain est hélas plus complexe. A moins que l’on ne subventionne directement les agriculteurs Afghans, cela coûtera peut être moins cher que de déclencher une révolte de chez ceux ci.

  2. clarisse dit :

    Un système de subventions ne peut pas être mis en place sans un traitement global, et effectivement la réalité est complexe (le mot est faible). Trop d’interlocuteurs et d’intérêts divergents – une volonté politique commune impossible à établir?

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