mar 7, 2009
Histoires russes #1 – Nouvelles menaces de Gazprom
Vladimir Poutine à la télévision russe, jeudi dernier :
« Si, à la suite des actions menées par les services de sécurité ukrainiens au siège de la compagnie ukrainienne Naftogaz, ce paiement* n’est pas effectué, nous arrêterons nos livraisons pour les consommateurs ukrainiens et peut-être aussi pour les Européens.»

© Reuters/Konstantin Chernichkin
*Naftogaz doit payer samedi 7 mars à Gazprom les livraisons effectuées en février dernier.
Atmosphère lourde de menaces en Ukraine au siège de la compagnie Naftogaz depuis jeudi dernier, victime impuissante de la lutte entre le président et le premier ministre ukrainiens, aux volontés et objectifs contradictoires.
Au centre du litige, la très opaque société RosUkrEnergo, habituel intermédiaire entre Naftogaz et Gazprom : car le contrat signé le 19 janvier dernier entre les deux sociétés a en effet supprimé sa participation aux transactions, et pour les 10 ans à venir. Et un malheur ne venant jamais seul, son occulte président, le très puissant parrain Semion Yudkovich Mogilevich, a été opportunément arrêté à Moscou le 24 janvier pour évasion fiscale.
Lutte ouverte au sein du gouvernement ukrainien
Le gouvernement ukrainien est en désaccord sur le règlement de la facture prévue par le contrat de janvier dernier.
La méthode d’opposition au paiement choisie par le président Viktor Iouchtchenko est tout en finesse démocratique :
• mercredi 4 mars, envoi d’enquêteurs du SBU accompagnés par un commando des forces spéciales encagoulés et armés au siège de la société Naftogaz,
• jeudi 5 mars, envoi d’enquêteurs du SBU dans les bureaux de sa filiale Ukrtransgaz.
L’enquête porte sur une prise de possession illégale de gaz.
La premier ministre Ioulia Timochenko, qui a négocié avec Poutine en janvier lors de la dernière crise des livraisons russes – et semble par ailleurs ne pas figurer sur la liste des bénéficaires des largesses de RosUkrEnergo –, a pris le parti de Moscou, donc de Gazprom :
• envoi d’un groupe de députés fidèles chez Ukrtransgaz pour barrer l’accès des enquêteurs aux tourniquets accédant aux bureaux.
• dénonciation de l’opération sous couvert présidentiel et accusation implicite du chef de l’État d’une volonté de paralysie de Naftogaz.
La direction de Nafltogaz est prise entre ces deux positions, même si son porte-parole, Valentin Zemlyansky, réaffirme vouloir « tout faire pour payer dans les délais« .
La guerre RosUkrEnergo / Gazprom
Selon Ioulia Timochenko, RosUkrEnergo revendique la propriété des 11 milliards de m3 de gaz livrés depuis la signature du contrat l’excluant du marché. « C’est un combat pour 11 milliards de mètres cubes de gaz qui appartiennent maintenant à l’Ukraine.»
« Le but principal de l’intervention des services de sécurité est de se procurer l’original des documents sur lesquels reposent les comptes avec Gazprom et les opérations de Naftogaz« , a expliqué Oleksander Tourtchynov, premier vice-Premier ministre.
Une position russe contradictoire
En janvier dernier, Sergueï Kouprianov, porte-parole de Gazprom, a déclaré à la radio Écho de Moscou :
« Naftogaz est en train de bloquer l’activité de RosUkrEnergo. Le holding énergétique ukrainien ne lui permet pas de prélever du gaz stocké dans des réservoirs souterrains (sur le sol ukrainien). Ainsi, ni l’ancien schéma de livraison, ni le nouveau schéma ne fonctionnent.»
Mais cela n’est pas clair. Car Rosukrenergo est aussi détenue à 50% par Gazprom, les 50% restant par deux hommes d’affaires ukrainiens, Dmitri Firtach et Ivan Foursin.
«Alors que Rosukrenergo, compagnie privée douteuse, encaisse les bénéfices, Naftogaz, compagnie d’État, est en faillite, accumulant les dettes auprès de son principal créancier, Gazprom.» explique Petro Bourkovsky, analyste de l’Institut national ukrainien de recherche stratégique.
Mais Poutine veut maintenant écarter Rosukrenergo du marché, mettant directement Gazprom et Naftogaz en contact. Avec quelles motivations ?
Épilogue
Naftogaz a finalement pu transférer jeudi soir les derniers 50 millions de dollars restant dus (sur une facture totale de 360 millions de dollars) pour le gaz consommé en février. Gazprom a confimé que les livraisons de cette période ont bien été réglées en totalité.
Mais le mois prochain, et le mois suivant, et chaque mois à venir, ce scénario a bien des chances de se reproduire.
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à suivre…
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