les carnets de clarisse

transversalité & renseignement (relier les détails)

Les derniers jours du Pakistan ? (1)

Impuissance des autorités, duplicité d’une armée qui esquive le combat tout en monnayant son (in)action, questions lucides et sans réponses des médias, désarroi d’une population prisonnière, tétanisée ou en fuite… un lugubre air de déjà-vu : l’avenir du Pakistan se compte en semaines – voire en jours.

Pakistan

Policiers abattus, district de Buner, 7 avril 2009 – © AP.


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Le mirage du pouvoir civil, une possible probable guerre civile entre futurs ex-alliés (Pachtoun, Taliban, Arabes) et son basculement côté afghan pour le contrôle d’un grand Pachtounistan, la sécession du Baloutchistan, des accords Taliban-Chine, l’inconnue de la réaction indienne … ces sombres spectres sortent des cavernes où ils grandissent depuis si longtemps – nourris par tant d’intérêts étrangers, créés par tant d’intérêts « nationaux» , si soigneusement masqués.

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Une si terrible cécité…

La lecture des média américains laisse songeur :

FOX News, 30 avril :

tandis que le général David Petraeus annonce que les deux prochaines semaines seront critiques pour la survie du gouvernement pakistanais, que l’hypothèse retenue par les États-Unis est que l’Armée pakistanaise, jugée « supérieure»  au gouvernement civil, survivrait à la chute du gouvernement Zardari face aux Taliban, tout en gardant le contrôle des armes nucléaires, qu’Hillary Clinton déclare que les États-Unis jugent ces armes en sécurité, mais « seulement dans la configuration actuelle du pouvoir« … les membres du Congrès en sont toujours à se battre sur la question politique de savoir si l’aide promise à Islamabad doit être conditionnée à des résultats concrets sur le terrain, et surtout de qui elle doit dépendre : du Département de la Défense ou du Département d’État?

Richard Boucher est favorable à un nouveau mécanisme d’aide financière contrôlé par la Défense, le PCCF (Pakistan Counterinsurgency Capabilities Fund), qui permettrait d’équiper et d’entraîner  immédiatement l’Armée pakistanaise aux techniques de contre-insurrection, celle-ci n’étant préparée que pour une guerre conventionnelle avec l’Inde…

Encore plus fort, les mêmes officiels déclarent que :

« le problème final est que personne aux États-Unis ne peut dire quel est le véritable objectif des Taliban : renverser le gouvernement ou en obtenir le contrôle d’un territoire?» 

On croit rêver.
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Informed Comment (le blog du très influent Juan Cole) , 13 avril : Juan Cole ne croit pas à l’alerte de David Kilcullen, qui a averti début avril que « le Pakistan pourrait tomber dans les six mois»  (Sydney Morning Herald).

Cole affirme :

- « In fact, precisely since Pakistan has an army of 650,000 men under arms and another 500,000 reservists, it is absurd to think that a small rural insurgent group like the Taliban could « take over.
-
« Many Western military observers just seem to me uncomfortable whenever Pakistan has a civilian government (was the country « unstable»  three years ago under military dictatorship?) And they vastly overestimate the size and power of the groups they call the « Taliban.» 
-
« As for « al-Qaeda,»  there isn’t much evidence of there being much left of it. The Pakistani press says there are 8000 foreign fighters holed up in FATA, but many appear to be locals– Uzbeks, Tajiks, etc., who got into trouble with their own government, rather than the classical al-Qaeda of the ‘Arab Afghans‘.» 

Désinformation ou déni ? (nota : la femme de Juan Cole, Shahin Malik, est née à Lahore).

nwfp_redmap

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… face à de si lucides observations

Il est pourtant possible de lire en ligne des analyses sérieuses, détaillées, impartiales, qui convergent toutes vers l’issue logique et proche, si proche, de la chute.

Sydney Morning Herald, 13 avril, David Kilcullen :

- « We have to face the fact that if Pakistan collapses it will dwarf anything we have seen so far in whatever we’re calling the war on terror now.
- Pakistan has 173 million people and 100 nuclear weapons, an army which is bigger than the American army, and the headquarters of al-Qaeda sitting in two-thirds of the country which the Government does not control.

- In Afghanistan, it’s easy to understand, difficult to execute. But in Pakistan, it is very difficult to understand and it’s extremely difficult for us to generate any leverage, because Pakistan does not want our help. In a sense there is no Pakistan – no single set of opinion. Pakistan has a military and intelligence establishment that refuses to follow the directions of its civilian leadership. They have a tradition of using regional extremist groups as unconventional counterweights against India’s regional influence.

Pour lui, deux évolutions sont possibles :

« The special US envoy Richard Holbrooke has been charged with brokering a regional compact by reaching out to Iran, Russia and China. This is exactly what he’s good at and it could work. But will it? It requires regional architecture to give the Pakistani security establishment a sense of security which might make them stop supporting the Taliban» 

« The best case scenario is that the US can deal with Afghanistan, with President Obama giving leadership while the extra American troops succeed on the ground – at the same time as Mr Holbrooke seeks a regional security deal» 

« The worst case was that Washington would fail to stabilise Afghanistan, Pakistan would collapse and al-Qaeda would end up running what he called ‘Talibanistan.’

D’où sa conclusion :

« It’s too early to tell which way it will go. We’ll start to know about July. That’s the peak fighting season … and a month from the Afghan presidential election.« 

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dawn.com, 11 avril, Irfan Husain :

Un article terriblement lucide… et sans solution. Extraits :

« Imaginez qu’un pays voisin ait assassiné un important leader politique pakistanais, fait exploser un hôtel réputé au centre d’Islamabad, tué des milliers de paramilitaires et de victimes civiles innocentes dans une série d’attentats.
Imaginez encore que le but de cet ennemi est rien moins que la prise du pouvoir. De tels actes constitueraient sûrement une déclaration de guerre.

Dans ce scénario, tout les partis politiques se seraient unis pour faire face à cette agression. Les médias seraient remplis de chansons patriotiques et de messages incitant la nation à soutenir l’action du gouvernement et de l’armée pour défendre le Pakistan. Et, plus important, les forces armées n’auraient pas hésité à agir.
Quiconque suggérant un dialogue avec l’envahisseur ou justifiant son attaque serait dénoncé comme un traître et un défaitiste.

Alors ma question est : pourquoi tout cela ne se passe-t-il pas maintenant ?
[…]
… cela présuppose que l’armée veut combattre les Taliban et protéger les leaders politiques. Et jusqu’ici, nos forces armées n’ont pas montré qu’elles prenaient la menace extrémiste au sérieux.

Selon un récent article du Spiegel :
« Les militaires (pakistanais) évitent les affrontements avec les extrémistes. Beaucoup d’officiers ne voient pas les Taliban comme des ennemis. Le véritable ennemi du Pakistan, de leur point de vue, est l’Inde. De nombreux officiers disent que la lutte contre le terrorisme dans les territoires du Nord-Ouest leur est imposée par les États-Unis et qu’ils se trompent de guerre…» 

[…]
Cette flagellation a provoqué des manifestations dans tous le pays. J’ai participé à l’une d’elles à Lahore, la semaine dernière. J’étais content de voir qu’en plus de nombreux amis, un grand nombre de jeunes et d’étudiants participaient à cette marche. Un slogan repris largement était
« Les deux démons du Pakistan : son armée et ses taliban»  (Pakistan kay do shaitan: fauj aur uskay Taliban). Ma bannière favorite, elle, disait : « 12 milliards de dollars d’aide pour combattre le terrorisme. Où sont-ils? » 

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© Minhaj Sisters

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Une analyse indienne

Maloy Krishna Dhar, 14 avril : une analyse très complète et fouillée, comme toujours, sur le blog de l’ancien directeur du renseignement indien (IB).

Résumé des points forts :

Forces combinées Al Qaïda-Taliban :

1 – Objectifs
- contrôler le pays
- en faire une base pour attaquer l’occident (voir Mumbaï)

2 – Contrôle du territoire
- se répandent rapidement dans le pays et se rapprochent de la capitale
- nombreuses cellules dormantes à Lahore et Karachi (sources : officiers pakistanais)
- sous contrôle des forces ennemies  : totalité du Waziristan, Peshawar, Quetta, Bannu, Mohmand etc.
- Lahore, Islamabad, Chakwal, Multan et Karachi sous influence depuis les attaques fructueuses des forces Al Qaïda-Taliban
- certains villages sont tellement infiltrés qu’ils sont de facto considérés comme “zone interdite” par les villageois voisins

3 – Composition
- une liste mise à jour des mouvements et chefs de guerre  – Tehrik-i-Taliban Pakistan-TTP : Maulana Faqir Mohammad, Maulana Sufi Mohammad / Jaish-e-Islami :  Waliur Rahman a.k.a. Raihan, Maulana Ismail / Karwan-e-Niamatullah : Haji Niamatullah / Dr. Ismail / Maulana Abdullah / Saeedur Rahman / Omar Khalid a.k.a. Abdul Wali / Kamran Mustafa Hijrat a.k.a. Mohammad Yahya Hijrat /  Mangal Bagh’s Lashkar-i-Islam – ainsi que la mutation et la complexité de leur composition ethnique (au Pakistan et en Afghanistan) depuis 2004 (Antonio GiustozziPaul Fishstein)
- Taliban alliés d’Al Qaïda via les myriades de cellules djihadistes créées par l’ISI depuis 1980
- émergence récente du Hezbollah au Bangladesh (Bogra), comme base pour l’Asie du Sud

4- Propagande
- exploitation des bombardements des drones US et des morts des civils

5- Nucléaire et biochimique
- des scientifiques proches d’A.Q. Khan sont en contact avec le commandement d’Al Qaïda (sources : experts de l’IAEA et de la CIA – nota : ce que sait le Mossad depuis longtemps)
- auraient développé des armes bio-chimiques

Armée pakistanaise :

1 – Objectifs
- monnayer son pouvoir sur les terroristes auprès des États-Unis

2- Moyens
- utilise le TTP (Tehrik-i-Taliban Pakistan), les Taliban, Al-Qaïda et consorts comme une armée auxiliaire pour attaquer les USA / l’OTAN en Afghanistan et l’Inde au Cachemire/ sur son sol
- refus d’engager l’armée contre les Taliban : c’est la police qui est partie se battre à Buner
- pour une somme dérisoire, l’armée via l’ISI offre toutes facilités pour former et entraîner des commandos de bombes humaines

3- Propagande
- les attaques terroristes tuant les civils sont expliqués par une conspiration US-Inde-Israël qui vise à déstabiliser le Pakistan pour confisquer son armement nucléaire et asservir le pays à l’Inde (autorités)
- déni pour l’attentat de Lahore contre l’équipe de cricket du Sri Lanka, imputée à l’Inde par le chef de la police de Lahore

Société civile pakistanaise :
- la majorité de la société civile refuse la talibanisation
- ce qui reste des forces démocratiques ne veut pas de la religion de l’armée (l’islam de Zia-ul-Haq)

Inde :
- peu de choses ont changé en Inde depuis le 26/11: aucun renforcement des services de renseignement (sauf au Gujarat, Kerala et Andhra Pradesh), les forces spéciales sont toujours dédiées uniquement au combat conventionnel, aucune modernisation des gardes côtes
- l’Inde n’a pas la capacité de résister à une attaque pakistanaise conjointe armée/TTP/Al-Qaïda
- il reste toujours environ 800 cellules djihadistes identifiées en Inde

Chine :

- la Chine a signé un protocole avec le Jamait-e-Islami Pakistan et le gouvernement pro-TTP des NWFP.

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à suivre :
La situation du Baloutchistan – La talibanisation de Quetta – L’avertissement russe – La stratégie chinoiseRéflexions sur une carte

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Articles cités :

Sydney Morning Herald – Warning that Pakistan is in danger of collapse within months

Dawn.comThe high cost of surrender

Der Spiegel – Pakistan’s new intelligence chief : ‘Terror Is Our Enemy, Not India’

Maloy Krishna DharThe warriors of Allah

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Category: géopolitique, sécurité, défense, terrorisme

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