mai 6, 2009
Les derniers jours du Pakistan ? (2)
La situation du Baloutchistan
Une région vaste comme l’Allemagne, la plus pauvre et la moins développée du pays, où le tremblement de terre d’octobre 2008 a encore accru le dénuement d’une population maltraitée. Plusieurs mouvements sécessionnistes s’y partagent la lutte contre le pouvoir central, plus ou moins financés et aidés par des États étrangers.

• État des lieux
Il faut lire sur Informed Comment ce commentaire anonyme :
« De toutes les autres ethnies, le peuple baloutche est celui qui a le plus souffert sous une administration dominée par les Punjabi. La région du Baloutchistan est principalement composée de déserts et terres non-cultivables. Par contre, la région est riche en ressources minérales (gaz naturel, pétrole). Dans les faits, la région fournit 90% des besoins énergétiques du Pakistan. Mais l’ironie est que cette province ne reçoit même pas 5% de l’électricité qu’elle produit. C’est encore trop pour la fraternité islamique!
Le revenu moyen y est proche de zéro, comparé au revenu moyen dans le reste du pays. Il y a peu d’écoles et de collèges, à part dans la capitale de Quetta. Les Baloutches doivent faire de grandes distances pour avoir accès aux premières nécessités, comme l’eau, la nourriture. Il n’y a (presque) pas de routes ou de chemin de fer, sauf à Quetta.
L’Armée pakistanaise viole les femmes et les jeunes filles, tue les non-combattants; en règle générale, elle répand le malheur parmi la population. Et ce n’est pas comme si les autorités civiles ou militaires n’étaient pas au courant de ces faits. Car de l’autre côté, l’Administration soutient totalement les méthodes cruelles utilisées par l’armée pakistanaise pour mater les Baloutches. C’est la réponse de l’Administration pakistanaise à l’audace des Baloutches qui ont osé demander leurs droits, les droits de base de tout être humain.
[...]
Je ne comprends vraiment pas pourquoi les médias du monde libre ont choisi d’ignorer la tragédie humaine qui se joue chaque jour dans un pays aussi connu que le Pakistan. Je me demande aussi pourquoi les leaders occidentaux ne demandent pas à l’administration pakistanaise pourquoi ces gens souffrent tant, après tous les milliards de dollars d’aide (que le pays a reçu).»
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et le rapport d’Amnesty International sur la triste question des disparus :
« Des centaines de personnes ont en effet été placées en détention dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » ou de la lutte contre l’opposition interne, par exemple au Baloutchistan.
En mai 2008, le sénateur Babar Awan, secrétaire du Comité de réconciliation avec le Baloutchistan du Parti du peuple pakistanais au pouvoir avait annoncé la création d’une commission, dirigée par Nawabzada Haji Lashkri, chargée de retrouver la trace des « disparus » du Baloutchistan, dans le cadre des efforts faits pour répondre aux doléances des Baloutches.
À ce jour, le gouvernement n’a pas rendues publiques les conclusions de ses enquêtes ni les actions entreprises pour apporter une réponse dans les affaires de disparitions forcées de Baloutches.
Le BLUF (à ne pas confondre avec le Front de libération du Baloutchistan qui existe de longue date) affirme que 6 000 militants baloutches sont au nombre des personnes « portées disparues ». Toujours selon le BLUF, 141 femmes en font partie. Le groupe exige leur libération en échange de celle de John Solecki. Le gouvernement pakistanais a nié ces allégations.»

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• Regain de violences
Début avril, des violences ont éclaté au Baloutchistan, après la mort de trois leaders nationalistes qui auraient été enlevés et torturés par les forces de sécurité pakistanaises. D’après l’IRIN (service de nouvelles humanitaires rattaché à l’ONU) :
« Trois jours de violence et d’émeutes, qui ont fait au moins 11 morts et de nombreux blessés au Baloutchistan, ont été déclenchés par la découverte, le 9 avril, des cadavres mutilés de trois éminents leaders nationalistes baloutchis dans la ville de Turbat, à environ 1 000 kilomètres au sud de Quetta.
Selon les Services de relations publiques de l’armée pakistanaise (ISPR), organisme porte-parole des forces militaires, ces meurtres sont le fait « d’éléments hostiles à l’Etat », désignés sans plus de précision, qui cherchent à saboter les efforts de réconciliation déployés par le gouvernement au Baloutchistan. Mais d’autres en sont moins sûrs.
«Tout porte à croire que des membres des forces de sécurité publique ont arrêté les trois victimes, les ont torturées et tuées avant de se débarrasser de leurs cadavres, qui ont été retrouvés mutilés et décomposés », a déclaré Asma Jahangir, présidente de la Commission pakistanaise de défense des droits humains, un organisme indépendant.»
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La talibanisation de Quetta
• Manipulations en tous genres
Comme toujours au Pakistan, difficile de savoir qui aide qui, qui fait quoi, qui manipule qui, et dans quel but…
La seule certitude est un profond souhait d’autonomie d’une partie des chefs tribaux baloutches, qui cherchent une alliance avec leurs cousins du Sud de l’Iran (une minorité sunnite) … et selon les officiels pakistanais :
- avec l’appui d’un régime sunnite extérieur comme les Émirats Arabes Unis,
- avec l’appui de l’Inde, via des camps d’entraînement en Afghanistan, sous supervisation de contractors britanniques.
Les États-Unis, quant à eux, estimant que le danger est la talibanisation de la région de Quetta (pachtoune) dans le but d’une alliance des Taliban avec les groupes séparatistes de la région… affirment que :
- l’ISI appuie les Taliban basés à Quetta, où Mollah Omar est réfugié,
- les drones déployés actuellement dans le nord-ouest seront utilisés à Quetta.
Les militants liés à Al-Qaïda ont ainsi attaqué plusieurs religieux modérés de la région.
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L’inconnu du nucléaire
Les cartes connues des emplacements de l’armement et des réacteurs nucléaires :


Pour Maloy Krishna Dhar :
« The US and allies are worried about Al Qaeda infiltrating several Pakistani nuclear scientists and stealing some of the stored armed nuclear devices. Pakistan has stores its nuclear materials at eleven different locations, following British and U.S. advice to keep the warheads separate from the triggering devices. Also, the missiles or planes that could carry the bombs are far removed from the nuclear devices. Chaklala, Sargodha, Quetta and Karachi are reported to be the primary strategic materials storage depots. In 2002 Washington supplied Pakistan ‘permissive action links’ (PAL) locks at a cost of over $100 million, to detect and alert national authorities of any attempted tampering. The claims that US are physically guarding the nuclear facilities are yet to be confirmed by Pakistan army sources. Some sensitive friends in Pakistan claim that about 8 close associated of Dr. A. Q. Khan are in touch with Al Qaeda and they have the capability of manufacturing dirty Nukes.»
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Quelques réflexions, en guise de conclusion
• L’avertissement russe
Le Centre antiterroriste de la Communauté des États indépendants (CEI) dirigé par Andreï Novikov a annoncé, lors d’une récente réunion des chefs du renseignement des pays de la CEI :
- une détérioration de la situation en Asie centrale est à prévoir,
- une menace très sérieuse pour les États d’Asie centrale émane de l’Afghanistan et du Pakistan.
« C’est la raison pour laquelle la correction des paramètres de coopération dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme dans le contexte actuel de crise socio-économique est plus actuelle que jamais »
« Je n’exclus pas que les organisations extrémistes dans un contexte de crise économique passent à l’autofinancement (…). Ainsi, elles vont obtenir de moyens nécessaires en attaquant des banques, des convoyeurs de fonds et des poids-lourds.»
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• La stratégie chinoise
L’armement des forces Taliban-Al Qaïda en Afghanistan est principalement chinois. Un des objectifs est aussi d’affaiblir l’Inde, déjà menacée au Cachemire.
On connaît la stratégie du collier de perles de la marine chinoise (lire) : la constitution d’un réseau de bases navales et de facilités portuaires tout autour de l’océan Indien (Birmanie-détroit d’Ormuz), avec le port de Gwadar, financé à 85 % par la Chine). Une raffinerie de pétrole, des cuves de stockage, des installations de défense aérienne, une base navale, bientôt une extension en eaux profondes (travaux en cours) : Gwadar est une liaison vitale pour la Chine par les 2500 km de la route du Karakorum (KKH).
Ce qui explique l’accord avec les Taliban. Car la Chine connaît certainement mieux les Taliban et Al-Qaïda que les États-Unis : on se souviendra du rôle de la Chine alliée aux États-Unis lors de la guerre soviétique en Afghanistan, dont les réseaux et les contacts ont été renforcés et mis à profit pour d’autres objectifs stratégiques nationaux.

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Relecture d’une carte américaine
Pour ceux qui se souviennent de cette carte (lire ici), on reste songeur en pensant à la situation de l’Afghanistan, de l’Irak, du Pakistan… etc.

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Articles cités :
IRIN – PAKISTAN: Des habitants non originaires du Baloutchistan fuient la province
Amnesty International – Le Pakistan n’a toujours pas dit la vérité sur les détentions secrètes
Maloy Krishna Dhar – Frakensheikh al Qaeda: CIA, ISI, Saudi creation blows back
.Chers Clarisse,
Visite de votre excellent site. J’ai acquis des connaissances.
observe
Nous sommes pourtant en relation avec le Pakistan à travers Areva etc…
Les entreprises françaises présentes au Pakistan relèvent pour l’essentiel de la haute technologie, avec Sanofi-Aventis, Servier, Alcatel-Lucent, Sagem, Thalès, Areva T & D. Total y a implanté près de 400 stations-service, Carrefour est sur le point d’ouvrir un hypermarché à Lahore, Accor construit un Sofitel à Karachi.
Et nous ne savons rien du nucléaire pakistanais ?
Intéressant parallèle entre Israël et Pakistan de Bernard Guetta .
Dear Friend,
If I am correct you wrote: We’re in relationship with Pakistan through Areva etc …
French companies are present in Pakistan for most of the high technology, with Sanofi-Aventis, Servier, Alcatel-Lucent, Sagem, Thales, Areva T & D. Total is located nearly 400 service stations, Carrefour is about to open a hypermarket in Lahore, a Sofitel Accor built in Karachi.
And we know nothing of the Pakistani nuclear?»
You are correct. I do not advise your government to disengage from Pakistan but the French people must put pressure on Pak to contain domestic jihadi groups, Pak Takiban and Al Qaeda on Pak soil. Pak Nukes is at present safe but USA and allies must press Pak to cap it and accept internatioal protection.
Regards,
Bonjour, la schéma des livraisons d’armes des années 1980 est une production personnelle ?
APL-2 correspond au 2e bureau de l’armée populaire de libération ?
Et pouvez vous citez vos sources sur l’aide chinoise ?
Oups, post envoyé alors qu’il n’était pas terminé.
Je posais le dernière question car le général Eugene F. Tighe est censé avoir quitté son poste de patron de la DIA en 1981et je n’ai pour l’instant rien trouvé sur une rencontre avec le général Huang Zhengji sur le net (Il est vrai que mon anglais est basique et mon chinois inexistant :)
> Frédéric
Ce diagramme regroupe et illustre ce que l’on peut trouver dans plusieurs livres, notamment « Les services secrets chinois» de Roger Faligot (nouveau monde, 2008) et « Encyclopédie du renseignement et des services secrets» de Jacques Baud (Lavauzelle, 1997). Je n’ai pas d’autres informations sur la date que vous citez.
Sinon, la Chine qui fait » double jeu» en aidant à la fois son » allié» pakistanais et son actuel ennemi, cela doit faire grincer des dents parmi les officiels pakistanais ?