les carnets de clarisse

transversalité & renseignement (relier les détails)

Le MI6 s’offre le bal du siècle

C’est officieusement officiel : en octobre 2009, le MI6 fêtera son centenaire par un grand bal confidentiel, où seront présents anciens et actuels membres du SIS, officiels et invités choisis… la liste des participants et le lieu des festivités sont bien entendus tenus plus secrets que ceux des réunions du Groupe Bilderberg.

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D’après le Wall Street Journal, c’est le « C»  actuel, Sir John Scarlett, qui aurait supervisé lui-même l’organisation de cette soirée (lieu, menu, musique, invités…), qui va précéder de peu son départ en retraite.

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Un bal controversé…

Les réactions sont partagées entre ceux qui trouvent l’idée saugrenue, voire dangereuse, et ceux qui la considèrent tout à fait dans la tradition et le panache anglais :

Some people in Britain’s tightknit intelligence community grumble that, even though the agency has done its best to keep the event under wraps, it is not appropriate for MI6 to be holding balls.

« It’s a secret service, for God’s sake!»  said one individual familiar with the plans.

Others say that while the black-tie occasion is unprecedented, it is exactly in line with what the agency has done as well in real life as it has in the James Bond version: rubbing shoulders with the powerful.

« It’s a very SIS thing to do,»  says Philip Davies, an intelligence specialist at London’s Brunel University. « It has a reputation for cultivating its links to ‘the great and the good.’

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… tout comme l’histoire officielle du service

Le SIS a commandé en 2005 un livre retraçant son histoire officielle (de 1909 à 1949) écrit par le professeur Keith Jeffery :

« Sometimes in academia your work is just talking to other academics. I want to write a book that my granny would read and enjoy. I want this to be a reputable work.» 

He describes James Bond as the most famous single agent in the world, inspired by the real-life knowledge of creator Ian Fleming.
« But I think that inevitably history is a bit less glamorous and more prosaic.» 

Those who carried out work for the intelligence services were « extremely brave people« , says Professor Jeffery.

Rather than the glamour of agents like 007, the historian says he is more impressed by those in occupied Europe who, for instance, would stand all night on the freezing Norwegian coastline monitoring ships.

« These people were working in lonely isolation – hundreds, and sometimes thousands, of brave men and women.« 

Cette histoire officielle, qui s’arrête avant la guerre froide, ne sera publiée qu’en 2010.

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Mais un autre livre retraçant l’histoire des services britanniques est paru aux États-Unis en mars dernier, puis au Royaume-Uni début mai : Secret Wars: One Hundred Years Of British Intelligence Inside MI5 And MI6, de Gordon Thomas.

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Les journaux britanniques rapportent que le MI5 et le MI6 auraient tout fait (enfin, presque tout) pour empêcher la publication de ce livre , même si, finalement :

« Whitehall officials conceded yesterday that the publication of Secret Wars had not caused any officer to be recalled from an operational post.» 

Gordon Thomas (aussi ) a écrit plus de 40 livres sur le renseignement, et est considéré comme une référence dans ce domaine. Il a déjà publié un livre sur les services britanniques, Histoire des services secrets britanniques.

Secret Wars raconte échecs, succès et compétitions de ces deux puissantes agences, trace les portraits de leurs directeurs, souvent excentriques, décriés ou admirés. Il apporte des précisions et des témoignages inédits sur certains épisodes de la deuxième guerre mondiale, de la guerre froide, la trahison (les cinq de Cambridge), les défections, les relations avec les autres services, la lutte contre Al Qaïda, et les nouveaux visages du terrorisme.

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Les services britanniques et la littérature : une longue histoire d’influences croisées

Mais la vraie question de fond ne serait-elle pas plutôt celle-ci : les liaisons entre la littérature et les services britanniques ne font-elles pas l’ossature de leur essence même ? (et ce bien avant les services modernes : voir Les trois mousquetaires, par exemple).

Le Times a analysé ce jeu croisé d’influences :

• la naissance des services modernes (1909)
Le mardi 30 mars 1909, le colonel James Edmonds se présente devant une sous-commission de la Commission de la Défense impériale, à Westminster. Bien qu’officiellement à la tête du contre-espionnage militaire britannique, Edmonds a un budget dérisoire (200 livres) et travaille seul avec deux assistants – le renseignement étant domaine réservé de l’Amirauté, du War Office et du Foreign Office. Il demande plus de moyens (déjà), pour contrer la menace d’une invasion allemande.

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Il présente ainsi son rapport à la Commission, en trois sessions secrètes, y exposant des informations détaillées sur la présence de nombreux espions allemands, barbiers et officiers en retraite, complotant au sein même du territoire britannique.

Mais la réponse qui lui est faite est négative : car la Commission veut du concret. Le colonel a ses propres convictions, mais n’a pas de « preuves»  strictes au sens où l’entend la commission. Qu’à cela ne tienne, il veut son service, qu’il juge vital pour la protection du pays – et il l’aura.

Fort opportunément, une campagne de presse traverse alors « spontanément»  tout le pays. Basée sur la publication d’un livre de William Le Queux, Spies of the Kaiser: Plotting the Downfall of England, paru quelques mois plus tôt, elle trouve un écho chez de nombreux lecteurs, qui croient reconnaître à travers les histoires rapportées par Le Queux des petits incidents survenus autour d’eux.

Car l’habileté de Le Queux, qui est par ailleurs un agent de longue date – et un ami d’Edmonds – réside dans la présentation ambigüe des faits rapportés dans son livre, « basés sur des faits sérieux connus personnellement»  (mais en réalité fictionnels, lire ici) que les lecteurs prennent comme véridiques.

Des centaines de lettres affluent, témoignant ainsi de la présence d’espions allemands sur le territoire. Ces lettres, dont de nombreuses seront publiées dans les journaux, sont collectées par le colonel Edmonds dans un catalogue, Cases of Alleged German Espionage, presenté lors de sa deuxième session secrète devant la Commission.

Cela ne suffisant pas pour obtenir la décision, la phase trois du plan est enclenchée.

Dans un timing parfait, un document alarmant arrive alors au War Office. Ce document, « des plans détaillés accompagnés d’un schéma de l’invasion de l’Angleterre» , aurait été trouvé par un représentant de commerce français, dans un compartiment de train, entre Spa et Hambourg. Dans le même compartiment où il voyageait se trouvait en effet un Allemand, qui par le plus grand des hasards avait la même sacoche de voyage. Classiquement, l’Allemand descend du train en se trompant de sac, et le Français découvre avec surprise ces documents incroyables…

La Commission, à présent convaincue par tous ces articles de presse, ce livre et maintenant ce document, vote le 20 avril 1090 la création du Secret Service Bureau, regoupant deux branches, Home et Foreign. Leur scission donnera plus tard le MI5 et le MI6.

• une tradition britannique ?

Deux lectures possibles de cette anecdote :
– une tromperie scandaleuse des services, manipulant le gouvernement,
– une remarquable opération de manipulation de l’opinion publique et des politiques pour atteindre un but nécessaire à l’intérêt général.

Finalement, rien n’a changé aujourd’hui, et le rôle de John Scarlett dans la décision d’intervenir militairement en Irak, en 2003, s’inscrit parfaitement dans la tradition du renseignement britannique.

.Mark Twain ne disait pas autre chose : « Get your facts first, then you can distort them as you please»  mais il ajoutait aussi : « It is wiser to find out than to suppose« .

• la littérature et le cinéma comme vecteurs

L’article du Times énumère une liste de nombreux écrivains britanniques : John Buchan, E. Phillips Oppenheim, Somerset Maugham, Eric Ambler, Geoffrey Household, Dennis Wheatley, Helen MacInnes, Sarah Gainham, Ian Fleming, Graham Greene, Len Deighton, John Le Carré, Frederick Forsyth, Charles Cumming, Henry Porter, Tom Cain, Alan Furst, Tom Rob Smith.

Et pour ce qui est du cinéma, James Bond règne toujours en maître incontesté du genre.

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Retour à Furnival Street ?

Le bal aura-t-il lieu dans l’historique tunnel de Furnival Street ? Ce serait un lieu symbolique, mêlant réalité et fiction jamesbondesque.

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à suivre…

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Secret Wars,
Gordon Thomas

Los Angeles Times,  25 mars 2009 – ‘Secret Wars: One Hundred Years of British Intelligence Inside MI5 and MI6′

NPR,  15 avril 2009 – Her Majesty’s Secret Service: The First 100 Years

The Guardian, 15 April 2009 – MI5 and MI6 unable to stop Secret Wars’ publication

Telegraph,  15 avril 2009 –  MI5 and MI6 cannot stop publication of spy book

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Le bal des espions

The Wall Street Journal,  28 mai 2009 – Britain’s Spies Plan to Party Like 007 When MI-6 Turns 1-0-0

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Histoire officielle du MI6

Foreign & Commonwealth Office, 7 décembre 2005 – Appointement of an author of the secret intelligence service history

BBC News website,  18 décembre 2006 –  From Belfast With Love… tales of MI6

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Les services britanniques et la littérature

The Sunday Times, 17 mai 2009 – Fact and fiction surrounding MI5 and MI6

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Sites officiels britanniques

MI6MI5


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