juil 7, 2009
Communication stratégique & renseignement
La communication stratégique est plus que jamais d’actualité, mais cette fois-ci elle semble enfin pouvoir sortir de la stérilisante « culture du secret» et se libérer de l’inertie paralysante inhérente aux structures bureaucratiques, pour utiliser de façon optimale les nouveaux outils de la communication interactive, en y intégrant efficacement la dimension humaine des réseaux non-officiels et non-étatiques.
Communication stratégique ?

La communication stratégique classique (1.0)
Définir le message pour atteindre et attirer une cible stratégique, le transmettre de façon directe et efficace, en avoir un retour actif pour le réorienter, l’améliorer, le modifier et le renvoyer… et ainsi jusqu’à l’atteinte de l’objectif, qui n’est pas la destruction de la cible adverse, mais bien sa conquête et si possible, son retournement.
Communication stratégique et renseignement participatif
Le 30 juin dernier, Défense & Stratégie organisait à l’Assemblée nationale un colloque sur le thème : Quelle stratégie de sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme?

La table ronde « Quelle stratégie en matière de renseignement?» y réunissait Bernard Bajolet (coordinateur national du renseignement), Theo Bot (pNCTB, Pays-Bas), Éric Denécé (CF2R), Charles Farr (Home Office,UK), Bruno Masnou (EADS-DS), Jacques Myard (Délégation parlementaire au renseignement), Bernard Squarcini (DCRI) et Pascal Teixeira da Silva (DGSE).*
La communication stratégique et le renseignement participatif y ont été évoqués par Bruno Masnou (network-centric intelligence) et Charles Farr (intelligence in COIN is why, how and what to do with connected networks), pour qui ces deux outils essentiels sont fondamentaux dans l’élaboration d’une réponse efficace aux nouvelles menaces terroristes et asymétriques.
Communication stratégique et guerres asymétriques
Marc Hecker (IFRI) était à la Bibliothèque de l’OTAN hier, pour une conférence-discussion sur son livre, co-écrit avec Thomas Rid: War 2.0: Irregular Warfare in the Information Age. **

Les conflits asymétriques d’aujourd’hui profitent d’un paysage médiatique décloisonné et en pleine mutation. Internet et les outils et réseaux du web 2.0 permettent ainsi à chaque citoyen, chaque insurgé, chaque militaire, de transmettre une information, directement, simplement, rapidement et simultanément au monde entier.
Dans ce cadre, comment se transforment/sont impactées/inter-réagissent la communication stratégique des armées et celle des forces armées non-étatiques? Et quelle est la valeur du temps (temps de réception et de diffusion d’une information, temps de réactivité dans la diffusion de la réponse), comparée à celle de la pertinence de la réaction, en regard du résultat stratégique à obtenir?
Communication stratégique à l’OTAN
• des acteurs du changement
Les choses semblent vouloir aussi bouger à… l’OTAN: l’arrivée du nouveau SACEUR, l’amiral James Stavridis, avec sa vision personnelle très claire du rôle de la communication stratégique interactive, va certainement contribuer à cette évolution.
Ceux qui ont suivi sa façon de construire, de mettre en place et de faire vivre au quotidien la communication de l’USSOUTHCOM, dans ses missions humanitaires par exemple, avec peu de moyens et dans une zone de diffusion aux populations variées, s’attendent en effet à voir un vrai changement sur le terrain.
Premiers débuts : le blog du SACEUR, From the Bridge, est en place et actif, proposant simplement à ses lecteurs d’échanger idées et propositions sur le sujet. Avis aux amateurs, donc…

Autre envie d’agir, autre mouvement de fond en interne : certains services de communication de l’Otan ont conscience qu’il faut communiquer autrement, et vers d’autres cibles que les partenaires officiels traditionnels. Mais comment les atteindre? et comment les séduire?
• un nouveau concept stratégique et un nouveau dialogue
L’OTAN lance officiellement aujourd’hui le processus d’établissement de son nouveau concept stratégique par une grande conférence (programme ici –à noter l’intervention de François Heisbourg de la FRS pour la France), qui présente aussi, en second objectif, la volonté d’instaurer un dialogue avec le grand public.
L’OTAN ne s’était en effet jamais vraiment posé la question de parler directement aux citoyens –avec comme conséquence une non-image, représentation souvent négative d’un monde fermé et sûr de lui, propice à tous les fantasmes).

Une des plaquettes actuelles
Il faudra suivre de près cette notion de grand public: « large éventail de représentants des gouvernements des pays de l’Alliance et des pays partenaires, des structures de l’OTAN, d’organisations internationales, de la société civile, y compris des parlements, du monde des affaires, d’ONG, de groupes de réflexion, des milieux universitaires et des médias» et étudier dans les faits, après l’effet d’annonce, la concrétisation de ce dialogue rénové, et sa réelle interactivité.
Voilà donc le défi d’un inhabituel chantier pour une structure à la culture plutôt monolithique… à suivre, donc.
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Merci à Isabel Fernandez de la Bibliothèque de l’OTAN pour son invitation et son accueil.
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* prochainement un compte-rendu de cette table ronde ** et de cet ouvrage.






Clarisse,
tu as parfatiement raison : cela fait plusieurs sommets que l’on constate la mise en avant de la « diplomatie publique» . Il faut toutefois distinguer deux niveaux, à mon sens :
- un niveau institutionnel, organique, politique (» nato HQ» ) : l’institution en tant qu’institution cherche à faire du soft power, moyen pour elle de suppléer à l’affaiblissement des raisons de son existence.
- un niveau stratégique, militaire, « shapien» : pas d’action stratégico-militaire qui ne prenne aujourd’hui en compte l’intégralité des opérations d’information (communication presse, propagande, renseignement, Retex, cyberguerre,…) ou « guerre de l’information» .
Au-delà, la question (à laquelle je n’ai pas de réponse) devient : y a-t-il coordination évidente et pensée entre ces deux processus, ou s’agit-il de deux réponses logiques mais autonomes à la nouvelle réalité du moment ?
OK
Le terme de communication stratégique est hérité du marketing et recouvre deux notions bien différentes, comme tu le notes:
- communication sur l’image de l’institution, qui se gère comme celle d’une marque (branding)
- maîtrise de l’information, au sein du théâtre d’opérations.
Pour la coordination volontaire des deux processus, bien qu’ils visent à servir l’affirmation d’une même vision politique, je ne sais pas, en temps de paix et dans une démocratie -à moins que l’émetteur ne se sente en danger sur son propre terrain?…