oct 21, 2009
Renseignement, lecture et partage de l’information
Quelques idées fortes à retenir du colloque Quelle stratégie de sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme? organisé le 30 juin dernier par Défense & Stratégie à l’Assemblée nationale.

.
Les intervenants
Xavier RAUFER,
Directeur des Études du département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines à l’Université Paris II
Table ronde 1 : Quelle stratégie en matière de renseignement?
Jacques MYARD, Député des Yvelines, membre de la Délégation Parlementaire au Renseignement
Bernard BAJOLET, Coordonnateur National Renseignement auprès du Président de la République
Theo BOT, Deputy National Coordinator for Counterterrorism (pNCTb), Pays-Bas
Eric DENÉCÉ, Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement
Charles FARR, Director General, Office for Security and Counter Terrorism, Home Office, Royaume-Uni
Bruno MASNOU, Directeur Grands Comptes France pour la division DS Defence and Security de EADS
Bernard SQUARCINI, Préfet, Directeur Central du Renseignement Intérieur
Pascal TEIXEIRA DA SILVA, Ministre plénipotentiaire, Directeur de la Stratégie à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure.
.
Stratégie: passée, présente …mais pas future
Cette table ronde a principalement exposé les efforts et moyens mis en place depuis ces dernières années dans le domaine du renseignement dans le cadre de la lutte intérieure contre le terrorisme. Une déception donc, car tout cela est plus ou moins connu. Le titre aurait autant pu être: Quelle stratégie mise en place en matière de renseignement?
Il aurait pourtant été intéressant de véritablement exposer les grands traits de la stratégie à établir pour répondre aux dangers de demain. Seules deux interventions ont traité le sujet sous cet angle, de façon dynamique et interrogative, proposant des pistes dynamiques de réflexion.
.
Invariants • zones grises • laboratoire du futur
Xavier Raufer
– le visible est masqué par l’habitude (on ne voit plus ce qu’on ne veut pas voir)
– le tourbillon de l’information nous aspire vers le superficiel (illusion d’action, mouvements conditionnés).
Tout va trop vite. Nous allons trop vite.
les vagues successives d’informations finissent par engourdir notre capacité d’étonnement.
phobie de l’inédit, du jamais vu, de l’inquiétant, nous renvoyant d’instinct vers le déjà connu, l’habituel, le maîtrisable.
l’informatique tire toujours plus notre attention vers ce qui n’est que mesurable.Nous devenons aveugles au caractère énigmatique des dangers à venir.
ces entités dangereuses possèdent toutes la double caractéristique d’être peu mesurable et inhabituelles.le tourbillon d’informations qui nous emporte nous fait perdre pied.
il nous aspire sans cesse vers la surface, donc le superficiel.
il nous barre l’accès à notre fond, donc au fondamental.
Il nous prive de la cruciale ressource des invariants, de ce qui est fixe, ferme, assuré, acquis au milieu du désordre, du tumulte, voire du chaos.À chaque époque, un pays n’a qu’un seul et unique problème de sécurité; c’est son problème crucial, celui dont finalement découlent au quotidien tous les autres.
Prenons l’exemple des États-Unis en 2000. Le problème fondamental, mais inaperçu, de la superpuissance est qu’alors, ses complices afghans d’hier deviennent en silence ses pires ennemis.
La France a oublié que dans notre société dite «de l’information», le plus dangereux est ce qu’on n’a pas vu -pas pu ou pas voulu voir.
Ce «plus dangereux» est aujourd’hui celui des zones hors-contrôle, retranchées, enkystées depuis parfois trois décennies autour de nos métropoles.
Crime organisé, terrorisme, circulation incessante d’individus problématiques, de matériels et de substances illicites et dangereux.
Pour la sécurité de la France, ces zones sont bien la région fondamentale, le problème crucial, banalisé et donc inaperçu dans sa gravité.Osons regarder devant nous. Osons affronter le réel.
Une question, posée par Xavier Raufer lors des échanges suivants les interventions:
– quelles zones mondiales sont aujourd’hui le laboratoire du futur des réponses aux menaces de demain?
Prenant comme référence la guerre d’Espagne (enrôlement de volontaires individuels provenant de nombreux pays, lutte pour idéal/idéologie…), il se demande si la situation actuelle à la frontière Mexique/USA et ses imbrications gangs, crime organisé, drogue, sectes religieuses ultraviolentes… ne doit pas être vue comme le laboratoire du futur où seraient étudiées les menaces en gestation.
.
Lire, transmettre • réseaux lointains • relais
Bruno Masnou
– lire, transmettre et exploiter l’information pour produire du renseignement efficace
– renseignement participatif / communication stratégique / communautés, réseaux, nœuds(hubs), relais, récepteurs-traducteurs-émetteurs, prismes.
Le problème aujourd’hui est de rendre le renseignement utile, face à l’événement et à l’endroit où il est nécessaire.
C’est une opération relativement complexe parce que l’information est multiple, complexe, abondante et mal partagée.
L’information se trouve dans les radios, les télévisions, Internet, les téléphones, les SMS etc. sans oublier tout ce que la surveillance et la vidéo-protection peuvent apporter.
L’information se trouve dans tous les mécanismes de transport du multimédia, la voix, les images, le son, etc. Elle se trouve dans un flot d’informations que les Américains essaient désespérément de filtrer à travers des filtres automatiques, avec un succès relatifl’information existe, mais la difficulté est de l’exploiter, de la transmettre au bon employeur
il faut de plus en plus aller vers le Network Centric Intelligence. Les militaires font le Network Centric Warfare. Cela consiste à donner les moyens à un utilisateur de manière extrêmement rapide de requérir et d’obtenir l’information nécessaire.
Dans le monde du renseignement, particulièrement en temps de crise, cela va devenir vraiment très nécessaire. Il faut amener donc l’information là et quand elle est utile.
Pour éviter qu’elle soit noyée, il faut parler de subsidiarité de l’information, c’est-à-dire qu’en fait il faut que l’information soit acquise par des gens qui soient compétents et qui vont la rendre pertinente et qualifiée.
Il faut envoyer des gens qui sauront l’utiliser de manière efficace sans passer forcément par des organismes centraux, qui vont définir au système central ce qui est juste et ce qui ne l’est pas pour un territoire lointain.
Il faut créer ces liens multiples.Dans ces volumes d’informations très significatifs, il faut trouver des méthodes et des techniques pour isoler des signaux faibles qui vont en fait relativement éclairer la vérité. Ces signaux faibles doivent nécessairement être détectés en fonction d’un contexte global préalable à leur apparition, mais il faut arriver à les intégrer.
difficulté d’organisation :
recherche de partage des informations sans que nul n’en soit propriétaire, et que cette information soit acquise et qualifiée de manière pertinente, et exploitée de manière pertinente également.
beaucoup de paramètres à maîtriser -sujets extrêmement compliqués, et sur lesquels je regrette que l’industriel n’ait que peu de réponsesautre difficulté :
permettre une approche globale dont la performance globale ne se juge pas simplement sur une performance technique mais aussi sur la capacité de l’organisation à maîtriser efficacement sa mise en œuvre opérationnelle.
modéliser les utilisateurs en même temps que les moyens techniques
vérifier que le délai de prise de décision et d’intervention est compatible, du délai entre la détection d’une menace et sa réalisation. Dans le cas contraire, même un système avec une excellente capacité technique sera inefficace.
.
•••••
Les actes du colloque sont disponibles sur le site de Défense & Stratégie.
.






Commentaires récents