les carnets de clarisse

impressions & information ouverte

Tout nommer / tout localiser (update)

Ou l’éternelle illusion du contrôle total, depuis la divination déductive jusqu’au traçage planétaire de la géolocalisation universelle.

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Nommer le monde pour contrôler l’imprévu

À partir des années – 3500, les Mésopotamiens cherchent à comprendre le fonctionnement de l’univers.
L’objectif du pouvoir est d’arriver à modifier le cours des événements, à son profit, en déchiffrant – à temps et correctement – les messages que laissent les dieux dans la nature.

Pour les Mésopotamiens, en effet, le contrôle du monde est possible. Mais il ne peut se faire qu’après l’identification de toute chose, pour pouvoir ensuite consigner l’observation des conséquences liées aux événements inhabituels.

Tout doit donc être nommé, les faits constatés, mais aussi ceux qui sont estimés possibles. Par exemple, le nombre d’enfants mis au monde lors d’un accouchement : jumeaux, triplés, quadruplés…  ainsi jusqu’à neuf.

Des centaines de ces Listes ont ainsi été établies qui classent les mots suivant des critères précis. Perpétuellement enrichis, chaque jour, année après année, et dressent un inventaire raisonné du monde.

Ces Listes forment une sorte d’encyclopédie de dix mille rubriques classées qui ordonnent l’univers matériel et non-humain (arbres, objets, matériaux, animaux, minéraux, végétaux, étoffes, géographie, alimentation…). Une seconde encyclopédie consigne tout ce qui se rapporte à l’humain.

Ces ouvrages scientifiques constituent un outil pour comprendre l’univers. Ils servent à établir des Traités qui recensent des listes de faits survenus lors d’un événement inhabituel, grand ou petit. Par exemple, le passage d’une comète. une crue ou bien la mort simultanée de plusieurs animaux.

La langue mésopotamienne a peu de mots abstraits, parce que les Mésopotamiens n’étaient pas doués pour l’abstraction. Concevoir des règles mathématiques ou des théories philosophiques en synthétisant l’ensemble des résultats obtenus ne faisait pas partie de leur raisonnement. Ils compilent et comparent, ajoutent, relient, classent, ordonnent et déduisent.

Cette analyse logique des objets, basée sur des faits et observations concrètes, a pour but de comprendre les signes que les dieux sèment dans la vie quotidienne pour informer les hommes de leurs actions et de leurs volontés. Celui qui sait les voir et surtout les déchiffrer peut prévoir ce qui va se passer (qui ce que les dieux annoncent) et donc a la possibilité d’infléchir ou d’utiliser l’action des dieux.

La question posée était donc : Qui ou quoi ?
pour répondre à : qu’est-ce que ça signifie ?
et ensuite : que dois-je faire ?

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Scanner le monde pour contrôler l’instant

Aujourd’hui la question posée est plutôt : Qui/quoi est où ?
pour répondre à : qu’est-ce qu’il se passe ? qu’est-ce que je/tu fais ?
et ensuite : vais-je retransmettre cette information ?

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Image de prévisualisation YouTube

Simulation du trafic aérien mondial sur 24 heures (données 2008)

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La géolocalisation mondiale des personnes, des objets (leur position, leur déplacement, leur route), la connaissance et la visualisation des événements survenus à l’autre bout du globe en temps réél, semblent le but ultime à atteindre – et accessible – pour avoir la connaissance du monde.

Ainsi on peut contrôler son temps, délimiter son territoire et celui des communautés auxquelles on appartient, suivre les déplacements de ses membres, mais aussi recevoir/envoyer des suggestions de lieux à fréquenter, d’achats à faire, de personnes à rencontrer, ou participer à une actualité à consommer en direct, sur foursquare, par exemple, pour n’en citer qu’un.

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L’illusion perpétuelle

Nom + classement, observation + causalité –> identification, fichage, catégorisation, déduction, action.
Espace + temps, instantanéité + universalité –> localisation, taggage, paramétrage, modélisation, ciblage.

Finalement, rien n’a vraiment changé en 5 000 ans.

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> mise à jour du 5 mars
à lire dans Wired : Cyberwar Hype Intended to Destroy the Open Internet, l’article polémique de Ryan Singel sur le contrôle d’internet proposé par Michael McConnell :
« He’s talking about changing the internet to make everything anyone does on the net traceable and geo-located so the National Security Agency can pinpoint users and their computers for retaliation […]« 

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lecture :
Jean Bottéro, Mésopotamie – L’écriture, la raison et les dieux.

illustration :
Tablette CBS 15401 de Nippur, contenant sur la face une liste de signes et sur le revers une liste thématique de noms d’animaux. © http://cdli.ucla.edu/

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