avr 18, 2010
Savez-vous twitter à la mode US, britannique (MI5) ou mexicaine (cartels)?
Twitter a fait l’actualité cette semaine, servi à la mode américaine, britannique, et mexicaine (après la mode persane).

.
Twittez, vous êtes archivés !
Aux États-Unis, la Bibliothèque du Congrès annonce tranquillement qu’elle archivera tous les messages postés sur Twitter depuis sa création en 2006 :
« Cela fait BEAUCOUP de tweets, d’ailleurs: Twitter gère plus de 50 millions de tweets par jour, avec un total représentant plusieurs milliards.»
Parmi les commentaires sur l’article du site de la Bibliothèque: certains se plaignent de ne pas avoir été prévenus avant, d’autres répondent que de toutes façons, leurs twits sont déjà archivés par Google. Publiez, publiez, vous êtes tagués.
.
Twittez, ou vous êtes viré!
Au Royaume-Uni, les services de renseignement et de contre-terrorisme font le ménage parmi leur personnel: gare à ceux qui ne maîtrisent pas l’usage des réseaux sociaux, Twitter et Facebook en tête! La porte de sortie leur est désormais grande ouverte.
Jonathan Evans, directeur du MI5:
“I think some of the staff perhaps aren’t quite the ones that we will want for the future.”
Une campagne de recrutement est en cours au MI5 en vue d’augmenter les effectifs de 3500 à 4100 officiers pour l’année prochaine.
Patrick Mercer, directeur du sous-comité parlementaire du contre-terrorisme:
« As terrorism changes, counter-terrorism officers have to adapt to keep up. Our enemies use every available method to attack including using technology. We have to be aware of the imminent threats of cyber attacks and the old generation of MI5 have to be completely comfortable using computers and the latest technology.
There is no room now for the old school tie or recruitment from just certain Oxbridge colleges. We need people from all walks of life who can speak a range of languages and possess certain technical skills.»
Les candidats terroristes, les terroristes actifs et le crime organisé utilisent en effet de plus en plus Internet et les réseaux sociaux pour recruter, obtenir des informations, communiquer entre eux et planifier les attaques. La moindre des choses qu’un officier de renseignement doit savoir faire aujourd’hui est d’être capable de surveiller ces discussions, selon les officiels britanniques.
.
Twittez, vous êtes coupables
Au Mexique, les autorités ont pris Twitter en grippe, l’accusant d’être l’outil idéal des cartels, narco-trafiquants et autres professionnels du crime organisé.
« Twitter is a serious problem not only to Mexican law-enforcement agencies but to any law or intelligence agencies all over the world, because criminals, drug cartels and terrorist cells are getting more sophisticated in their methods of communication.» says Ghaleb Krame, a security expert at Mexico’s Alliant International University.
Les gangs et cartels s’envoient des twits pour se signaler la position des barrages de police et les opérations militaires prévues ou en cours.
Le kidnapping cible ses proies sur les réseaux sociaux, en y cherchant par exemple la personne la plus « valorisable» de chaque famille.
En réponse, le gouvernement mexicain attaque les réseaux sociaux et leurs usagers. Le Parti de la Révolution Démocratique a ainsi présenté un projet de loi pour surveiller et régir l’usage de Twitter et Facebook au Mexique: tout partage d’information par un twittero pouvant aider une tierce personne à enfreindre la loi ou à la contourner serait un acte criminel. Un souci: que recouvre « partage d’information» , interprétable de bien des manières?
Et comme le font remarquer certains analystes, réfutant l’argumentation accusant les réseaux sociaux:
« Instead of cracking down on Twitter and Facebook use, some analysts say that law-enforcement and intelligence agencies should adapt to the new technology by creating fake identities on the sites to track criminals down instead of seeking to regulate the sites.»
.
Twittez, c’est du narco
Car au Mexique, la guerre des cartels pour le contrôle de deux États (Tamaulipas et Nuevo Leon), a atteint un niveau terrifiant. Dernier développement, l’alliance de la Nouvelle fédération regroupe depuis peu 3 cartels hier encore ennemis mortels (Sinaloa, Cartel du Golfe et La Familia Michoacana) unis contre les Zetas.

Les cartels utilisent Twitter et certains sites internet d’apparence neutre (forums de musique country locale, nouvelles locales) ou You Tube pour diffuser l’information (la prochaine livraison, le trajet à effectuer, les quantités à livrer à tel ou tel contact…). Cette information est codée et dissimulée dans les paroles d’une chanson (les corridos, ballades mexicaines) ou bien insérée en images dans une vidéo de 4×4 puissants ou de scènes de village.
Mais ces vidéos et ces twits contiennent aussi des menaces qui terrorisent un village, une ville, les autorités ou le gang d’en face: images en boucles de scènes de crime d’exécutions, voitures criblées, accidentées, conducteurs morts au volant.
« Recently in the bloody border town of Reynosa, people associated with one cartel used tweets to terrorize Reynosa by posting messages that created panic among residents and halted normal activities as the threats circulated online.
One such message read, « The largest scheduled shootout in the history of Reynosa will be tomorrow or Sunday, send this message to people you trust that tomorrow a convoy of 60 trucks full of cartel hitmen from the Michoacan Family together with members of the Gulf Cartel are coming to take the city and take everyone out alive or dead!»
Schools and shops closed that day.»
La municipalité de Reynosa a essayé de réagir en mettant en place un compte Twitter qui diffuse des informations utiles de lutte contre l’insécurité. Mais pour le blog Informativo de La Resistance México, les communiqués sont pauvres, insuffisants, et sans beaucoup d’efficacité. Difficile de faire le poids, quand la vie du citoyen ordinaire pèse si peu, et celle des forces de police encore moins.
.
Ne twittez plus… Machine à écrire et pigeon voyageur, la hype du renseignement
Le mot de la fin au quotidien russe Kommersant, qui vante les bonnes vieilles machines à écrire, ressorties de la naphtaline: le seul outil déconnecté et sans mémoire pour rédiger une information vraiment confidentielle:
« Even in the cyber age the Russian missions use well tried method of using old typewriters and a sheet of paper to guard their secret information.»
(Alors finalement, certains pros de la dactylo et du carbone pourront peut-être conserver leur emploi au MI5?)
Tout ceci sans oublier le pigeon voyageur, un discret moyen de transmission en pleine expansion:
« La NASA, qui connaissait des problèmes de fuites de renseignements, est venue acheter des pigeons voyageurs à Roubaix et les secrets-défenses américains voyagent désormais souvent attachés aux pattes de nos messagers.»
.
Commentaires récents