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Les lettres AETOS du CESA : réflexions sur notre rapport au temps

Chaque semaine depuis octobre 2011, le colonel Olivier Erschens, directeur adjoint du CESA*, nous prépare dans son laboratoire ses lettres Aetos, partageant ses réflexions sur notre rapport au temps dans nos quotidiens personnel/professionnel –territoires morcellés et juxtaposés, aujourd’hui (à quand un remembrement ?…)

Mitonnées, concoctées, mûries avec grand soin, hebdomadaires et mensuelles, ces publications tournent toutes autour du vortex qui-nous-engloutit-à-chaque-minute-et-ne-s’arrête-jamais : mais où diable fuit donc le temps, à l’apogée de son morcellement et de son accélération ? où (en) sommes-nous ? nous est-il encore possible de construire une pensée – voire pire, de méditer – au quotidien ?

Bref, tout l’enjeu est là: subissons-nous le temps, ou bien le temps est-il en nous – mais nous l’avons oublié ?

aetos

Pourquoi AETOS ?

« Véritable laboratoire de réflexion de l’armée de l’air, le Centre d’études stratégiques aérospatiales propose un nouveau vecteur de communication, AETOS. La maîtrise du temps et de l’espace, dans des configurations souvent délicates, parfois extrêmes, est l’une des premières exigences des aviateurs. Leurs retours d’expérience, leurs réflexions, leur regard sur les idées et défis du moment, peuvent s’avérer utiles à l’ensemble de la société. AETOS s’adresse prioritairement aux décideurs de tous horizons – et tout particulièrement aux managers et chefs d’entreprise. Face aux défis collectifs auxquels notre pays est confronté, face aussi à la masse d’informations produites et diffusées mais peu ou mal maîtrisées, faute de temps et d’expertise, il s’agit d’ouvrir un nouvel espace de débats et d’échanges entre les mondes civils et militaires.» 

Extraits

AETOS hebdo n° 16 • L’accélération, nouveau « fait social total » ?

- paradoxe : nous n’avons pas le temps alors même que nous en gagnons toujours plus ;
- Internet illustre l’incohérence d’un « sans-lieu » où tous les événements arrivent «simultanément» ;

- accélération et désynchronisation vont de pair ;
- les stratégies temporelles, personnelles et collectives, s’en ressentent : différer, surseoir, activer, ajourner, changer le rythme et la durée ;

- l’accélération s’est autonomisée, se transformant peu à peu en contrainte ;
- tout projet politique se trouve dès lors condamné, le citoyen se trouvant proprement «aliéné» ;

- en sociologie comme en physique, l’analyse est indispensable à l’action, et l’homme reste libre de contourner tous les déterminismes.

AETOS hebdo n° 8 • Plongée dans notre rapport au temps – Où est passé le temps ?

- notre quotidien est marqué par l’urgence
- le triomphe de l’immédiat rend impossible toute vie au présent ; le règne de l’instantanéité enterre la mémoire et dynamite l’avenir

- notre rapport au temps est issu de la rationalisation de la pensée grecque
- la technologie nous trompe car le monde ne change pas fondamentalement

- le temps n’est pas seulement affaire de flux, mais de coordination
- l’espace social affiche pour sa part des espaces-temps « plus riches et complexes que jamais »

- il s’agirait moins de faire succéder ces temps comme autant de phases différentes de l’action que de les mener simultanément
- cette gymnastique intellectuelle nécessite trois qualités : volonté, clairvoyance et sérénité.

AETOS hebdo n° 24 • Leçons de sérénité pour homme débordé

- le capitalisme tardif a finalement sécrété sa figure type : l’homme débordé

- l’histoire humaine est constituée par une succession de chocs technologiques. Pour notre temps, la question de ce choc se présente dans le contexte très spécifique d’une guerre économique mondiale – et la vitesse en est devenue l’arme principale

- nous sommes moins les victimes d’une supposée accélération du temps que d’une superposition de présents multiples et désaccordés
- peut-être faudrait-il apprendre à coloniser l’éphémère, l’instant

- après « la mort de Dieu », nous cherchons dans l’instant un succédané de l’éternité
- nous vivons dans un monde de devoirs qui ne sont plus religieux ou moraux, mais temporels

- retrouver du temps passe par une reconquête intérieure, un combat contre soi-même
- rechercher la distance, la hauteur.

AETOS mensuel n° 4 • De l’élasticité du temps

- le constat est connu : notre environnement de travail a une influence profonde sur notre rapport au temps
- aujourd’hui nous devons prendre des décisions immédiates. Et prendre des risques. Donc, nous prenons les risques qui accompagnent des décisions beaucoup plus rapides

- le monde n’est pas en train de changer : il a déjà changé
- il est temps de faire coïncider le temps de l’administration avec celui de l’entreprise

- le domaine des stratégies d’influence impose une manœuvre souple mais déterminée sur l’environnement global de la cible
- s’agissant de nos capacités de projection à l’international, nous pouvons être collectivement beaucoup plus efficaces en réorganisant les trop nombreux services dédiés de l’État qui fonctionnent de façon incohérente, voire contradictoire

- décomplexer nos relations en direction des pays avec lesquels nous partageons une histoire
- à rebours des méthodes anglo-saxonnes, les Allemands et les Chinois développent l’intelligence culturelle avec une grande pertinence : dans les deux cas, on a une langue particulièrement ardue, peu universelle, qui ne peut donc être utilisée comme vecteur. Leur force est ici dans le rituel, c’est-à-dire la culture, cette capacité à s’appuyer sur une «façon d’être au monde» et à l’assumer de façon visible, presque sous forme de cérémonial

- l’intelligence culturelle : une meilleure connaissance de la société et de ses évolutions constitue un atout décisif
- disposer de relais au sein d’un réseau permet d’anticiper les besoins et les attentes, et de mieux y répondre

- acquérir une vision d’ensemble, un radar à 360° : décloisonner, désenclaver, mutualiser, pour se projeter plus forts dans un ailleurs qui est source d’interrogations, mais aussi de richesses.

AETOS Hebdo 26 • Et si le temps n’existait pas ?

- le temps est relatif, il ne s’écoule pas uniformément en tous lieux : chaque objet, pris localement, possède son propre temps

- débats entre scientifiques et militaires lors du lancement du système GPS : « Un général peut-il vraiment croire que le temps s’écoule plus vite ou plus lentement ?» 

- nous devons apprendre à penser le monde non comme quelque chose qui évolue dans le temps, mais d’une autre façon
- l’univers serait constitué d’une multitude d’espaces-temps

- le cœur de la science est le changement
- être ouvert à la connaissance scientifique signifie être ouvert au révolutionnaire, au subversif

- l’espace n’existe pas. Dès lors, le temps n’existe pas non plus. Il est une variable entre des phénomènes physiques
- la réalité est quelque chose de profond, et en même temps d’éphémère, fragile et léger.

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Pour recevoir AETOS par mail : c2.ds.cesa@inet.air.defense.gouv.fr

* Le CESA, Centre d’études stratégiques aérospatiales, est l’organisme de l’armée de l’air en charge de la « réflexion air et spatiale » sur les questions liées à la troisième dimension, la puissance aérienne et l’aviation militaire.

Category: parutions, savoirs

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