nov 4, 2012
Le drone rentre dans la néo-mythologie occidentale
Le drone (l’américain, bien sûr) est entré cette semaine dans sa dimension mythologique, passant de l’état de symbole à celui d’un être doté d’intelligence et de vie propre – pensée, sentiments, conscience.
The Onion a publié le 2 novembre ce petit article fondamental : Pakistani Boy, U.S. Drone Form Unlikely Friendship. Pas seulement humoristique, pas seulement sarcastique, pas seulement absurde.

Le drone y devient en effet, en plus d’être puissant, foudroyant, et de posséder pouvoir de vie et de mort, ce personnage chimérique dont l’existence irrationnelle entre brusquement dans notre quotidien, sans plus nous étonner.
« According to CIA officials and sources on the ground in the region, an unlikely friendship has developed between a 9-year-old Pakistani boy and a U.S. MQ-1 Predator drone in North Waziristan. « You’d think they would have nothing in common, and yet you see them together all the time, wandering around the countryside hand in wing,” area merchant Siraj Rahmad told reporters Friday.»
Partageant nos émotions, il peut partager en retour ses pouvoirs (ce qui est un pas vers les demi-dieux, l’étape suivante) – et les morales s’inversent :
« At press time, the inseparable drone and boy had run out to a nearby field to shoot at old cans, resulting in four civilian casualties.»
De l’autre côté du spectre, au Pakistan, le drone est lui aussi aussi assimilé à une personne, mais en sens inverse : l’homme devient un drone. Dans son article Drones: theirs and ours, Pervez Hoodbhoy établit ce constat en mettant en parallèle drones américains, drones pakistanais, et questionnant la morale des débats et manifestations publiques :
« A drone – of the kind discussed here – is a programmed killing machine. By definition it is self-propelled, semi-autonomous, and capable of negotiating difficult local environments. Remote handlers guide it towards an assigned target. A drone does not need to know why it must kill, only who and how. They have drenched Pakistan in blood, both of fighters and non-combatants.
America’s drones
These are unmanned aircraft – MQ-1B Predators and MQ-9 Reapers – operated remotely from Nevada. They are militarily significant – at least in a limited way.Pakistan’s drones
Pakistan has many more drones than America. These are mullah-trained and mass-produced in madrassas and militant training camps. Their handlers are in Waziristan, not in Nevada.
The human drone is infinitely better manufactured than its aerial counterpart. The motor, feedback, and control systems have been engineered to high precision by natural evolution over a million years.»
Ainsi ces deux histoires, issues de perceptions opposées, se rejoignent dans leur conclusion : le drone armé est un être vivant.
Un troisième petit article effleure encore cette affirmation irrationnelle : cette brève qui annonce que l’éditeur de Wired, Chris Anderson, quitte le journal pour s’occuper de sa société de drones :
« Mr. Anderson said he used a drone to check out the Google campus. Drones, he said, “don’t get bored. They don’t charge overtime. They’re not unionized.”
Une petite phrase reprise sur Twitter chez @zunguzungu en mode surréaliste :

Néo-mythologie
Nos sociétés occidentales sont entrées depuis longtemps dans l’âge de la néo-mythologie. Si la croyance dans la proximité des super-héros reste un folklore purement nord-américain et celle dans le salut par les super-robots purement japonaise, l’Europe a intégré culturellement philosophies, personnages et pouvoirs de certaines trilogies : les Jedi et la force, les Nazgûl et la dimension christique d’Aragorn. Ces références culturelles (nos nouvelles croyances?) nous sont en effet parfois plus proches et crédibles dans notre quotidien que les mythes de l’Antiquité ou les dogmes religieux.
Paroles de drone
Décrire l’action d’un drone, jusqu’à hier, c’était dire :
Le drone était dans la tombe et regardait Caïn.
ou encore :
Le drone entra dans la tombe et tua Caïn.
À partir d’aujourd’hui, on peut donc affirmer sans se tromper :
Le drone s’assit dans la tombe et parla avec Caïn.
Lumineuse intervention !
merci!
et ça se diffuse doucement: lu ce matin sur Twitter chez @aliarqam :
« Drones will have eyes, ears and special civilians identification sensors, if painted Green with a crescent on its tail… #fb»
https://twitter.com/aliarqam/status/266104274700886016